Notre-Dame-des-Landes: «Donner un pronostic est très très compliqué»

AEROPORT Arnauld Leclerc, politologue à l'université de Nantes, livre son analyse sur la participation, les favoris et les conséquences de la consultation de ce dimanche...

Propos recueillis par Frédéric Brenon
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Les électeurs de Loire-Atlantique doivent voter «oui» ou «non» au transfert de
Les électeurs de Loire-Atlantique doivent voter «oui» ou «non» au transfert de — F.Brenon/20Minutes

« Etes-vous favorable au transfert de l’aéroport Nantes-Atlantique sur la commune de Notre-Dame-des-Landes ? » C’est la question à laquelle les électeurs doivent répondre ce dimanche. Faut-il craindre une abstention élevée ? Que décideront les votants ? Entretien avec Arnauld Leclerc, politologue et directeur de la Maison des sciences de l’homme (MSH) à l’université de Nantes.

Le projet de Notre-Dame-des-Landes déchaîne les passions depuis des années. Pourtant les pour et les contre craignent une abstention élevée ce dimanche. Ont-ils raison ?

C’est l’inconnue. Il y a des cercles militants de pour et de contre qui se déplaceront à coup sûr. Mais dans l’entre-deux, y aura-t-il une grosse mobilisation ? Je ne suis pas sûr. Cette consultation est atypique, on a peu de références pour comparer. On sait qu’il y a une norme civique assez forte dans l’ouest de la France. Toutefois, on constate une poussée de l’abstention sur toutes les élections, à part les présidentielles. Une participation massive me semble hautement improbable.

Pourquoi les électeurs pourraient-ils bouder les urnes ?

Déjà, la campagne a été un peu occultée par d’autres sujets d’actualité. Les médias ont fait le travail mais les acteurs politiques s’en sont peu saisis. Je ressens aussi un effet de lassitude autour d’un sujet dont on parle depuis si longtemps. Certains doutent que ce scrutin aboutisse à la moindre décision. Le fait qu’il y ait eu une remise en question des contours de cette consultation a aussi semé le trouble. Et puis je pense qu’il n’existe pas de grand espace public départemental. Il y en existe un très local, à l’échelle des villes, mais débattre collectivement à l’échelle du département, on n’en a pas l’habitude. Enfin, on sait que la météo, le beau temps, joue. On l’a déjà vérifié sur d’autres élections.

Une forte abstention ne serait-elle pas un signal négatif envoyé aux envies de démocratie participative ?

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, cette envie d’être davantage consulté sur les grands sujets n’est pas largement partagée. Il y a une majorité d’électeurs qui trouvent que c’est trop prenant. Les dispositifs locaux de représentation citoyenne ne marchent d’ailleurs pas si bien que ça. On y voit toujours les mêmes. Il y a des militants de la démocratie participative et, à côté, beaucoup de gens qui s’en désintéressent ou pensent qu’ils ne sauraient pas quoi dire.

Dans ces conditions, quel pronostic peut-on faire sur le résultat ?

C’est très très compliqué. Les sondages semblent montrer que, plus on élargit le périmètre autour de la Loire-Atlantique, plus il y a une majorité d’opposants au projet d’aéroport. Après, où en est-on au niveau départemental, je ne sais pas du tout ! C’est très atypique comme scrutin. On part dans l’inconnu. On a un peu le sentiment de jouer à la boule de cristal.

On a l’impression que les partisans du « non » ont gagné la bataille des réseaux sociaux…

On sent des choses dans ce sens. La campagne du « non » a été très active. Mais de quoi les réseaux sociaux sont-ils représentatifs au juste ? J’entends aussi des gens qui, malgré leur intérêt pour le sujet, disent de pas réussir à trancher et pourraient voter blanc. Je le répète, on a tous un ressenti, mais peu de données objectives. Il faut être très prudent.

Quelle seront les conséquences de cette consultation qui, rappelons-le, n’exprimera qu’un avis ?

Si la participation est très basse et que le « oui » l’emporte, ça autorisera encore plus Hollande à différer une prise de décision et à refourguer le bébé à un autre. Une victoire du « non », en revanche, même avec une participation faible, ce serait un coup de cutter dans le contrat tel qu’il paraîtrait difficile de faire ce projet. Ça voudrait dire qu’il n’a plus de soutien. Mais quel que soit le résultat, je pense qu’aucun des camps n’acceptera vraiment la défaite. Depuis plusieurs années, on observe que le consentement à la défaite a beaucoup régressé. C’est lié à la crise de la représentation politique dans nos sociétés.