30 ans d'Elmer Food Beat: «Le jour où on ne fera plus marrer les gens, on s'arrêtera»

MUSIQUE Le fantasque groupe nantais fête ses 30 ans de carrière avec un concert gratuit en plein air ce samedi soir...

Propos recueillis par Frédéric Brenon

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Le groupe Elmer Food Beat fête ses 30 ans de carrière
Le groupe Elmer Food Beat fête ses 30 ans de carrière — Richard Bellia

Ils ont vendu un million de disques, ont reçu une Victoire de la musique (1991) et sont l’auteur de tubes chantés à tue-tête dans les soirées depuis le succès de leur album « 30 cm » en 1990 : Daniela, Le plastique c’est fantastique, La caissière de chez Leclerc… Les Elmer Food Beat fête leurs 30 ans de carrière ce samedi soir à Nantes, avec un concert gratuit en plein air, sous les Nefs (20h)

Trois mois après la sortie de leur cinquième album, « A poil les filles », le fantasque groupe entend montrer à son public qu’il n’a rien perdu de sa pêche. Entretien séquencé avec Manou et Grand Lolo, deux des cinq Elmer.

La nouvelle tournée depuis janvier

« Ça se passe super bien, on fait pas mal de concerts complets. Le nouvel album est très bien accueilli, les gens le chantent déjà. On l’a voulu beaucoup plus rock que les précédents, il est plus conforme à l’énergie qu’on dégage en live. Dans le public, on voit plusieurs générations : des anciens fans qui nous suivaient à la grande époque et reviennent, des gamins qui ont connu Elmer par les disques de leurs parents, des familles aussi. Ça fonctionne encore, c’est plutôt flatteur. »

Les filles

« Le nouvel album leur rend hommage. Qu’elles soient rondes, maigres, belles, moches, qu’elles travaillent ou sont au chômage, on les aime toutes ! Evidemment, c’est notre sujet de prédilection. Mais on n’a rien inventé, des groupes anglophones comme Led Zepellin ou ACDC parlent beaucoup de filles eux aussi, parfois plus crûment. C’est juste qu’on ne comprend pas ce qu’ils disent ! »

Des textes machistes ?

« On entend parfois dire ça. On aurait une chanson drôle sur les juifs, on serait antisémites ? Ça n’a pas de sens. Ce qu’on raconte, c’est toujours léger, rigolo, sans méchanceté. Le pire, c’est que sont plus souvent les mecs qui font ce genre de remarque. Dans le public, on a plein de filles, de tous les âges. Ça les fait marrer, elles ont bien compris le délire. C’est comme ça, faut être politiquement correct aujourd’hui. »

Manou, leader charismatique

Grand Lolo : « Manou, c’est l’image du groupe, c’est lui qui capte la lumière, c’est normal. La pochette de l’album correspond bien à la situation : lui, il fait le beau avec des filles sur un Vespa, et nous on fait la vaisselle ! »

Manou : « Dès fois après les concerts, je vais au point merchandising pour faire des bises et des signatures, les gars sont à côté de moi et les gens ne les voient même pas [rires] ! Mais bon, j’aime bien ça aussi, faut pas se mentir. »

Changer de registre

« On ne se pose pas la question, ce qu’on chante coule de source. Mais faire autrement serait difficile, faut l’avouer. D’abord, ce n’est pas sûr qu’on saurait faire. Ensuite, t’as vu la dégaine de Manou, en slip, sur scène ? Si on se met à chanter une vraie chanson d’amour, tout le monde va partir en courant. »

Le succès du début des années 1990

« On a plein de souvenirs marquant de cette période de folie qui aura duré deux ans : l’album « 30 cm », la Victoire de la musique que personne n’attendait… On a joué à l’étranger, à Londres, à New-York, à Austin, en Equateur… C’était super. Ça a marqué les gens, notre notoriété s’est faite à ce moment-là. Les autres albums sont passés un peu inaperçus. »

Daniela

« C’est une vieille femme maintenant [rires]. On nous la demande tout le temps, forcément. Mais c’est un plaisir de jouer les vieux tubes, on sait qu’ils sont attendus. On est là pour faire plaisir. »

La séparation de 1993 à 2001

Manou : « On a fait une pause, pour faire des enfants. Moi, je l’ai un peu subie. J’étais un peu perdu les deux années suivantes. Je m’étais trop identifié au personnage que je joue et, sans lui, je n’existais plus. Je n’étais plus subtil, ni beau, ni intelligent. Alors qu’avant j’étais génial. On nous disait qu’on était des artistes, on a fini par y croire. J’aurais pu sombrer. Heureusement, j’étais bien entouré. »

Trop vieux pour ces conneries ?

« On n’a pas changé, on s’amuse comme des gamins. On est sincères sur scène, on ne pourrait pas s’en passer. Le jour où ça ne sera plus le cas, où qu’on ne fera plus marrer les gens, on arrêtera. »

Manou, le leader du groupe nantais.
Manou, le leader du groupe nantais. - F.Vernhet