Euro 2016: Pourquoi Nantes a renoncé à accueillir des matchs

FOOTBALL Echaudée par le coût très élevé d'une réhabilitation du stade de la Beaujoire, la municipalité nantaise avait préféré, en 2009, ne pas candidater pour l'Euro...

Frédéric Brenon et David Phelippeau

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Les supporters de l'équipe de France lors du match amical contre le Cameroun le 30 mai 2016 à Nantes. / AFP / L.Venance
Les supporters de l'équipe de France lors du match amical contre le Cameroun le 30 mai 2016 à Nantes. / AFP / L.Venance — AFP

On ne parle que de ça : l’Euro 2016 de football débute vendredi en France. Dix villes accueillent les 51 matchs de l’événement, mais pas Nantes. Plusieurs rencontres de l’Euro 1984 et de la Coupe du monde 1998 s’étaient pourtant disputées dans la Cité des ducs. Pourquoi pas cette fois ?

Pour comprendre, il faut revenir en septembre 2009. L’Europe est secouée depuis peu par la crise financière, le FC Nantes vient d’être relégué en Ligue 2 pour la seconde fois et Jean-Marc Ayrault (PS) entame son quatrième mandat à la tête de la municipalité lorsque les dossiers de candidatures des villes voulant participer à l’Euro 2016 doivent être remis.

Très hésitants, les élus nantais tranchent : la compétition se fera sans Nantes. La faute à un cahier des charges de l’UEFA imposant une réhabilitation du stade de la Beaujoire extrêmement coûteuse : entre 80 et 100 millions d’euros. Rennes et Strasbourg renonceront eux aussi pour des raisons financières.

« Cela aurait été irresponsable »

« Je ne regrette pas du tout ce choix, analyse aujourd’hui la socialiste Marie-Françoise Clergeau, adjointe aux sports en 2009. A l’époque, il n’y avait pas de grandes aides pour accompagner les villes hôtes. Le cahier des charges était démesuré : il fallait changer tous les sièges, refaire les vestiaires alors qu’on les avait refaits deux ans avant pour le Mondial de rugby, il fallait baisser le niveau de la pelouse pour que les publicités soient plus visibles… En plus, on n’apportait rien au FC Nantes. »

L’actuelle députée poursuit : « Cela aurait été irresponsable d’engager une telle somme pour quelques matchs. On avait préféré développer en nombre les terrains synthétiques dans les quartiers. Quand je vois la situation économique actuelle et les problèmes de sécurité, je pense vraiment que nous avons pris la bonne décision. »

« C’est vraiment dommage »

Elue maire en 2014, Johanna Rolland (PS) n’a jamais émis de regret à ce sujet. La plupart des élus d’opposition, en revanche, sont amers. « On a loupé le coche, estime Guillaume Richard, conseiller municipal (Les Républicains). C’était l’opportunité de moderniser le stade et de redorer l’image de Nantes autour d’un grand événement. Ça aurait généré des retombées touristiques indéniables. On dirait que la mairie ne se rend pas compte que Nantes est l’une des premières villes de foot de France. »

Un sentiment partagé par bien des commerçants. « Tous ces événements internationaux drainent un flux de gens énorme. Ça aurait été un plus pour le centre-ville. C’est vraiment dommage », confie Nathalie Deniau-Millon, présidente de l’association Plein centre.

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A Bordeaux, la métropole prévoit entre 100 et 120 millions d’euros de retombées sur le territoire pour l’accueil de cinq matchs dont un quart de finale. Le coût du nouveau stade et celui des dépenses liées à l’Euro (sécurité, animations, communication) font toutefois polémique localement.

Pas de festivités, ni écran géant?

En 2014, pour la Coupe du monde au Brésil, la mairie de Nantes avait promis un écran géant à partir des quarts de finale si la France se qualifiait (promesse tenue). Ce mercredi soir, ni festivités, ni écran, n’étaient officiellement prévus pour l’Euro. La mairie est en effet préocupée par la sécurité (Etat d’urgence), l’opposition à la loi Travail (risque d’incidents) et la maîtrise budgétaire.