FC Nantes: «Je me suis fait choper dans les toilettes de la Beaujoire par un agent...», se souvient Bideau

FOOTBALL Le responsable du recrutement des jeunes au FC Nantes, qui vient de publier un livre intitulé «Je veux devenir footballeur professionnel», confie quelques anecdotes de son quotidien…

David Phelippeau
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Le responsable du recrutement du FCN Matthieu Bideau.
Le responsable du recrutement du FCN Matthieu Bideau. — M. Bideau

Ils ont fait un constat simple : aucun livre, aucun manuel, aucun site Web ne donnent des informations sur comment devenir un footballeur professionnel. Matthieu Bideau, responsable du recrutement au FC Nantes, et Laurent Mommeja, créateur du site EspoirsduFootball.com, ont ainsi décidé il y a trois ans de se lancer. « On s’est mis dans la peau de parents qui veulent des informations sur les contrats, les agents etc... », explique Bideau. Résultat de ces trois ans de travail : un livre intitulé Je veux devenir footballeur professionnel(19,50 euros), publié chez Amphora et sorti il y a une dizaine de jours, et qui cartonne déjà. Un bouquin plein de précieux conseils et balisé d’anecdotes. Matthieu Bideau, au recrutement depuis plus de dix ans au FCN, en dévoile certaines à 20 Minutes.

Le livre de Matthieu Bideau et Laurent Mommeja.
Le livre de Matthieu Bideau et Laurent Mommeja. - M. Bideau

>> Le plus grand regret ?

« Le plus gros regret aujourd’hui c’est que j’ai vu jouer Riyad Mahrez [joueur de l’année en Angleterre avec le champion en titre Leicester], mais je ne l’ai pas sollicité. Son club de Sarcelles m’appelle [en 2008-2009] et me demande de lui trouver un club pour un essai. Le petit joue en PH chez eux, mais il n’a rien à faire là-bas. Il va à l’essai à Quimper sur mes recommandations. Il est pris là-bas. Je le vois jouer deux ou trois fois dans l’année et je ne bouge pas une oreille. Vu son parcours, ça me laisse des regrets, mais je n’en ai pas eu jusqu’à il y a encore six mois-un an. »

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>> L’anecdote la plus drôle ?

« Vous pouvez en parler aux filles de l’accueil à la Jonelière. Elles sont souvent harcelées au téléphone car des joueurs veulent faire des essais. Je me souviens d’un adulte il y a deux ou trois mois, il devait avoir entre 25 et 30 ans. Il est venu tous les matins pendant une semaine avec son sac de sport et voulait s’entraîner avec les pros. On avait beau lui expliquer que ça ne se passait pas comme ça, il est venu pendant huit jours. Jusqu’au moment où on lui a vraiment dit que ça n’allait pas être possible. Pour noyer le poisson, je lui ai demandé un jour à quel poste il jouait. Il m’a dit qu’il évoluait au poste d’attaquant… Là, je lui ai dit qu’on ne cherchait que des défenseurs. Il m’a répondu qu’il pouvait jouer aussi défenseur. Par la porte ou par la fenêtre, il voulait aller sur le terrain. C’est devenu triste en fin de semaine. »

>> La plus grande fierté ?

« C’est Issa Cissokho. Quand on le fait signer pour jouer avec la réserve du FCN [en 2010], même son entraîneur de l’époque à Carquefou Denis Renaud ne comprenait pas trop… Ce n’était pas gagné d’avance. C’est une fierté car il est arrivé tard au club. Il avait 25 ans. Il était souvent comparé à son frère [Aly] donc ce n’était pas facile pour lui. C’est en plus une super personne. S’il y a en bien un qui méritait de réussir, c’est bien lui. »

>> Le CV reçu le plus drôle ?

« Un gars âgé de 19 ans qui avait mis sur son CV qu’il était très bon à tous les postes. Avec une petite mention : « Je suis bien meilleur que vos pseudos joueurs professionnels ». Défauts ? Sur son CV, il avait fait une grosse croix pour bien montrer qu’il n’en avait pas. Des CV dans ce style, j’en reçois deux ou trois fois dans l’année. »

>> La remarque la plus étonnante entendue ?

« On m’a déjà dit : "Toi, de toute façon, tu n’aimes que les grands blacks costauds." Pendant longtemps, j’ai été recruteur du club en région parisienne. J’étais étiqueté comme celui qui ramenait des joueurs de la région parisienne (Carole, Nego, Iloki, N’Koudou…), et c’est vrai qu’un joueur sur deux que je pouvais ramener était d’origine africaine. J’ai toujours eu cette étiquette. Je n’aime pas plus les grands blacks costauds que les petits maigres blancs. J’essaie de faire signer les meilleurs à tous les postes. Cette étiquette me colle toujours à la peau. »

>> Le site Web «Je veux devenir footballeur professionnel»

>> L'anecdote la plus surprenante?

« Je me suis fait choper un jour dans les toilettes de la Beaujoire par un agent. J’avais dit dans la semaine à son joueur que s’il continuait avec cet agent-là, il irait dans le mur. Le joueur l’a répété à son agent… Autre anecdote pas banale : il y a deux ans, un de nos joueurs que j’avais fait venir à Nantes signe pro et décide de changer de représentant. J’ai reçu une lettre anonyme dans la semaine qui expliquait que c’est moi qui l’avais fait changer d’agent pour me gaver sur le dos du joueur… A mon poste, on ne peut pas conseiller aux joueurs de prendre tel ou tel agent, sinon on me taxe de vouloir prendre de l’argent sur le dos des joueurs. Moi, maintenant, quand ils me posent la question, je dis aux parents: « Voici, les trois ou quatre agents avec qui je travaillerais si j’étais à votre place… » Ils font ce qu’ils veulent après. »

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