Nantes: «On n'est pas dans la violence, mais la sauvagerie», tonne le chef de la police nantaise

MANIFESTATION Jean-Christophe Bertrand, le directeur départemental de la sécurité publique, tenait une conférence de presse, ce mercredi, après l’agression d’un commandant de police mardi lors de la manifestation…

David Phelippeau

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Le directeur départemental de la sécurité publique Jean-Christophe Bertrand.
Le directeur départemental de la sécurité publique Jean-Christophe Bertrand. — Adrian Chauvin / 20 Minutes

Cela ne peut plus durer. Depuis le 9 mars et la première manifestation contre le projet de la loi travail, 67 policiers et gendarmes ont été blessés au cours de ces rassemblements à Nantes. Mardi, dans le centre-ville, un commandant de police a été frappé avec une barre de fer à la tête et au visage par cinq ou six individus. Souffrant de différentes fractures, il n’est sorti de l’hôpital que ce mercredi matin.

« Ce cycle de violences ne peut pas durer », a insisté Jean-Christophe Bertrand, le directeur départemental de la sécurité public, lors d’une conférence exceptionnelle qui s’est tenue ce mercredi après-midi. En voici les principaux extraits.

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>> «On a franchi un cran avec cette agression »

« Avec cette agression de mardi, on a franchi un cran. Les casseurs profitent des manifestations organisées par des syndicats institutionnels ou les organisations étudiantes. C’est ça qui préoccupe l’ensemble de nos concitoyens et nous-mêmes. Il faut rappeler le caractère systématique des violences. Depuis le 9 mars, 11 manifestations sur 12 ont été émaillées d’incidents visant des biens, mais principalement des fonctionnaires de police. Ces violences sont allées crescendo. Les derniers événements en attestent. Sur l’agression de mardi, on n’est pas dans la violence, mais dans la sauvagerie. Ces violences s’accompagnent sur les réseaux sociaux de messages de haine. J’ai relevé quelques messages à la suite de publication de la photo de notre commandant à terre après les coups reçus : "Ça fait mal enfant de putain ?", "Bien fait pour sa gueule…", etc... On a le droit de manifester, mais les policiers ne sont pas les exutoires de la société. »

>> «Mais les policiers restent engagés sur le terrain… »

« Malgré cela, les policiers sont mobilisés. Toutes ces manifestations ont entraîné des bouleversements dans leur vie familiale. Les policiers sont toujours là pour exercer leur mission de protection des personnes et des biens. Ils sont engagés. Ils font de nombreuses manœuvres pour protéger l’hyper centre de Nantes. Ils sont efficaces car nous avons interpellé 146 personnes depuis le mois de mars. C’est beaucoup plus que dans des villes parfois plus grandes que la nôtre. Cela démontre leur engagement sur le terrain, et pour ce faire, ils prennent des risques. Ils paient en prenant ces risques un lourd tribut : depuis le 9 mars, nous avons eu 67 blessés à déplorer dans le cadre des manifestations. »

>> «Il faut un dialogue avec les organisateurs des manifestations. »

« Ce cycle de violences ne peut plus durer… On ne peut pas continuer comma ça ad vitam aeternam. Face à cet engrenage de la violence, j’en appelle à la responsabilité des organisateurs des manifestations. Aujourd’hui, on a le droit de manifester, d’exprimer des convictions, mais on doit avoir le souci de ses obligations. Il y a un certain nombre de dispositions réglementaires en matière de manifestations qui imposent avec les autorités de l’Etat un dialogue. Il faut établir des parcours de manifestations qui concilient la lisibilité du rassemblement et aussi la protection des personnes et des biens. Un dialogue qui doit s’instaurer pour évaluer les services d’ordre que les organisateurs doivent mettre en place pour sécuriser leurs rassemblements. C’est trop facile de dire : "On n’est pas responsables des casseurs qui s’infiltrent dans nos manifs…" Si on ne fait rien contre ça, on est évidemment objectivement complices de ces casseurs. »

Les objets récupérés par la police lors des différentes manifestations.
Les objets récupérés par la police lors des différentes manifestations. - Adrian Chauvin / 20 Minutes