Dupont de Ligonnès: «Une cavale est possible», estime Jean-Michel Laurence, co-auteur d'un livre sur l'affaire

FAITS DIVERS Dans leur ouvrage «Le mystère Dupont de Ligonnès», Jean-Michel Laurence et Béatrice Fonteneau font un point complet sur l'enquête, avec de nombreux détails...

Frédéric Brenon

— 

La famille de Ligonnès (Xavier, Agnès, Arthur, Thomas, Anne et Benoît). La mère et ses quatre enfants ont été tués en avril 2011. Le père a disparu.
La famille de Ligonnès (Xavier, Agnès, Arthur, Thomas, Anne et Benoît). La mère et ses quatre enfants ont été tués en avril 2011. Le père a disparu. — N. CADO / POLICE JUDICIAIRE / AFP / 20 Minutes

C’est le premier ouvrage consacré à l’affaire. Cinq ans après l’assassinat d’Agnès Dupont de Ligonnès et de ses quatre enfants à Nantes (3-4 avril 2011), suivi de la disparition du père de famille, Béatrice Fonteneau et Jean-Michel Laurence, journalistes et auteurs basés en Vendée, ont publié ce mercredi Le mystère Dupont de Ligonnès. Pas de révélation fracassante dans ce livre de 220 pages, mais un retour complet sur l’enquête, étayée par de nombreux détails et documents. Entretien.

Jean-Michel Laurence et Béatrice Fonteneau.
Jean-Michel Laurence et Béatrice Fonteneau. - éditions L'Archipel

Jean-Michel Laurence, quelle a été votre démarche pour écrire ce livre ?

Notre but c’est de livrer le maximum d’éléments, réunir toutes les pièces du puzzle, pour que chacun puisse se faire sa propre conviction sur cette affaire qui représente l’une des plus grandes énigmes criminelles de ces dernières années. On s’y est mis à fond, à deux, pendant cinq mois. Ça n’a pas été facile, il a fallu vraiment gratter. Un journaliste qui a le nez dans le guidon ne peut pas faire ce boulot-là.

Quels éléments nouveaux avez-vous découverts ?

Entre le départ de Xavier Dupont de Ligonnès le 10 avril et la découverte des corps sous la terrasse le 21 avril, il y a eu de multiples allées et venues dans la maison, que ce soient les policiers venus à quatre reprises, ou des proches de la famille qui avaient accès à la clé. La scène de crime a donc été souillée. On a aussi appris que Xavier Dupont de Ligonnès s’était déplacé deux fois, de nuit, le 7 avril, dans le quartier Port-Boyer, où il n’avait pas d’attache connue. Pourquoi ? Ses dernières lectures de polar, ses discussions au sujet de sacrifices humains sur un forum, le fait qu’il reçoit un coup de fil de la police au moment précis où il disparaît définitivement le 15 avril, ou même le ciment dans la maison retrouvé encore frais le 21 avril, sont également assez troublants.

«Derrière une apparence lisse, c'est une famille qui a connu une avalanche d'événements négatifs»

Le livre détaille les difficultés financières de Xavier Dupont de Ligonnès…

C’est important pour comprendre l’affaire. Il avait de nombreuses dettes, notamment 50.000 euros qu’il devait à l’une de ses maîtresses, laquelle avait sollicité des huissiers. C’était un bon vivant, il vivait peut-être au-dessus de ses moyens. L’apparence était très importante pour lui. Le spectre d’une fuite sociale aux yeux de ses enfants, le risque de se retrouver sans le sou, lui était vraiment insupportable.

On découvre aussi à quel point la famille de Ligonnès n’avait rien de banal…

Quand on creuse, on se rend compte que, derrière une apparence lisse, c’est une famille qui a connu une avalanche d’événements négatifs : des problèmes de couple, d’argent, de spiritualité… Il y avait des vraies fragilités, avec des personnalités très marquées. Ce jeu de masques nous a particulièrement intéressé.

Vous racontez également l’étonnante histoire du criminel américain John List…

Les analogies avec l’affaire de Ligonnès, c’est quand même assez fou. List tue toute sa famille, il attend que son fils revienne pour l’abattre après les autres. Il disparaît complètement, change de vie, et 18 ans après on le retrouve sous un autre nom ! C’est un cas qui montre qu’une cavale est possible. De plus, Xavier Dupont de Ligonnès était aux Etats-Unis au moment où l’affaire est sortie, ça a fait la une de tous les journaux là-bas, il en a forcément entendu parler.

«Des éléments nouveaux arriveront. Ou quelqu'un parlera. J'en suis persuadé.»

Vous accordez une place importante à la contre-enquête menée par les proches de Xavier Dupont de Ligonnès, lesquels ne croient pas en sa culpabilité et développent la thèse d’un complot. Pourquoi ?

Ça nous a semblé honnête. Qu’une partie de la famille, partie civile, fasse une contre-enquête en marge de l’enquête officielle, est mise sur écoute et perquisitionnée, c’est hyper rare. Ils apportent aussi des arguments, qui ne sont pas anodins. La découverte d’une serpillière encore mouillée le 18 avril, par exemple, c'est étrange. Il y a aussi l’histoire des fosses. Est-ce qu'un gars tout seul pouvait déplacer 2 m3 de terre, creuser à genoux sous la terrasse ? Cela méritait de figurer dans l’ouvrage.

Quel est votre sentiment personnel sur le sort de Xavier Dupont de Ligonnès aujourd’hui ?

Nous sommes deux auteurs et nous ne sommes pas d’accord : Béatrice penche plutôt pour le suicide, moi qu’il est vivant. Quant à sa culpabilité, tant qu’il n’a pas été jugé, il est présumé innocent. Mais notre point de vue a peu d’intérêt. Je pense qu’on saura, un jour, la vérité. Des éléments nouveaux arriveront. Ou quelqu’un parlera. J’en suis persuadé.