FC Nantes: Ça veut dire quoi être «Kita compatible»?

FOOTBALL Depuis son arrivée au FCN en 2007, le président du FCN a eu 7 entraîneurs sous ses ordres, et ça ne s’est pas toujours bien passé ni fini…

David Phelippeau

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Le président Waldemar Kita
Le président Waldemar Kita — AFP

Depuis 2012, la valse des coachs a pris fin au FCN. Michel Der Zakarian, avec une montée en L1 et trois maintiens dans l’élite à son actif, est installé depuis quatre ans sur le banc nantais. Le plus long bail pour un technicien sous l’ère Kita. Avant lui, sept coachs (dont Der Zakarian en 2007) s’étaient succédé. Ils ont quasiment tous été plus ou moins invités à partir par le président Kita.

Est-ce facile ou difficile de travailler avec l’homme d’affaires franco-polonais ? On évoque souvent la « Kita compatibilité ». En quoi consiste ce « concept », dont on reparle avec le probable changement de coach dans quelques semaines ? 20 Minutes a sollicité plusieurs entraîneurs et un ancien conseiller de Kita. Deux coachs (Baup et Rohr) ont bien voulu répondre. Le premier est plus bienveillant vis-à-vis de son ancien employeur qu’il ne pouvait l’être à l’époque. Un autre (Landry Chauvin) n’a pas souhaité s’exprimer. Un autre (Jean-Marc Furlan) n’a pas rappelé.

Il aime parler foot et qu’on l’écoute en parler

Même s’il est au quotidien loin de Nantes et de la Jonelière, le président Kita a toujours un œil très attentif sur le club, dont il est le seul propriétaire. Depuis plusieurs années, il semble avoir délégué (un peu) à son fils Franck, mais ça ne l’empêche pas de se tenir au courant de tout. Il est réputé pour appeler très régulièrement ses coachs. « Oui, souvent, se souvient Elie Baup. Il accorde beaucoup d’importance à la relation humaine. Il aime qu’on l’écoute, qu’on partage avec lui nos idées. Il ne faut pas être fermé avec lui. Si tu lui dis qu’il est bidon et qu’il ne connaît rien au foot, ça se passe mal… »

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Gilles Favard, son conseiller de 2009 à 2011 de Kita, confirme d’ailleurs qu’il vaut mieux être en phase avec le président nantais. « Pour ne pas être emmerdé, il faut lui dire qu’il a toujours raison et accepter tout venant de lui. » Jean-Marc Furlan, au bout de deux jours, a vite compris que la collaboration ne durerait pas. « Si j’avais suivi la ligne directionnelle et les ordres du président, je serais toujours à Nantes… », reconnaissait-il à Ouest-France quelques mois après son « limogeage » en 2010.

Il a toujours des idées… et sur tout

Ancien footballeur amateur et doté d’un diplôme d’entraîneur, WK aime partager son opinion sur le jeu et les joueurs. Gilles Favard raconte une anecdote assez savoureuse : « Un jour, Waldemar croise Henri Michel et lui dit : « Vous savez, si vous m’aviez croisé avant, vous auriez progressé plus vite dans le football ! » Gernot Rohr : « Il a ses idées, mais il ne m’a jamais dérangé dans mon travail. Il suggérait, mais n’imposait rien. » Elie Baup corrobore : « Il avait la volonté de se couper des anciens Nantais. Il ne voulait pas que Da Rocha joue par exemple. Mais, il m’a laissé faire. Il n’aimait pas Bagayoko, je l’ai pourtant fait jouer. J’ai toujours fait l’équipe que je voulais, même si parfois, il aurait préféré que certaines de ses recrues soient titulaires. »

Il ne craint pas d’imposer des joueurs à son coach

Car W.K. s’implique dans le recrutement. Trop parfois pour certains. En période de mercato, il peut recevoir au quotidien dans son bureau parisien des dizaines d’agents, qui lui « vendent » des présumées stars. Gernot Rohr, toujours très respectueux de Kita, ne garde pas un mauvais souvenir de son été 2009, même s’il n’avait pas eu tous les joueurs souhaités. « C’était plus de la faute de Favard [conseiller de Kita] », précise-t-il. Certains entraîneurs ont néanmoins avalé des couleuvres en matière de recrutement. En 2015, Vizcarrondo n’était absolument pas une priorité de Der Zakarian. Loin de là. Adryan et Sigthorsson l’été dernier non plus.

Culotté, entier, passionné

WK, trop interventionniste ? « Non, c’est un passionné, et puis, c’est lui qui met l’argent, qui paie, estime Baup. Il a toujours envie d’aider. » « Sa passion l’a amené à précipiter certains de ses choix, selon Rohr. C’est un impulsif. C’est quelqu’un d’entier. » De culotté même. « Il ose tout, poursuitFavard. Il est tout à fait capable de dire à Sarkozy, s’il le croise : « J’ai un nouveau produit qui allonge la queue, vous voulez essayer ? » Il n’a peur de rien. » Certains pensent d’ailleurs qu’il ne craindrait pas un jour d’enfiler le survêtement et de s’installer sur le banc…

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