Notre-Dame-des-Landes: Des travaux sur la ZAD pour «construire un autre projet de vie»

REPORTAGE Malgré la menace d'expulsions, une vingtaine de chantiers se sont tenus sur la ZAD tout le week-end...

Julie Urbach

— 

Un week-end de travaux sur la ZAD Lancer le diaporama
Un week-end de travaux sur la ZAD — J. Urbach/20 Minutes

Dans la grange, les poutres de la future mezzanine sont dressées. A l’extérieur, un petit groupe s’affaire à la pose de pavés, malgré un sol détrempé. Dans un champ, un peu plus loin, le montage de la serre progresse bien. Ce week-end, aux quatre coins de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, les marteaux, scies, perceuses, tronçonneuses et autres bottes en caoutchouc sont de sortie.

En réponse aux appels d’offres récemment publiés par Vinci, et alors que la menace d’une expulsion se renforce ces derniers mois, les occupants de la ZAD ont imaginé une vingtaine de chantiers visant à « développer et améliorer les structures collectives existantes », là même où le transfert de l’aéroport est prévu.

« Construire des choses à long terme »

Sur cette parcelle d’environ 8km de long et 2 de large, au sud du bourg de Notre-Dame-des-Landes, quelque 800 personnes seraient venues ce week-end pour aider au débroussaillage de chemins, aménagement de salles de réunion ou rénovation de douches collectives. « Depuis les derniers épisodes juridiques et les déclarations du premier ministre, notre détermination ici s’est renforcée, assure une occupante de la ZAD, arrivée il y a six ans. Tout le monde sait qu’occuper le terrain est la meilleure façon de s’opposer au projet ».

Au Liminbout, une trentaine d’ouvriers amateurs s’activent. La bergerie construite pour la quarantaine de bêtes de Marcel et Sylvie Thébault, pourtant expulsables d’ici deux mois, a grandement avancé. Un peu plus loin, l’aménagement d’une auberge a aussi reçu un coup d’accélérateur. « On veut montrer que l’on construit des choses à long terme, indique une jeune femme venue de Lille, qui s’applique à clouer des planches le long d’un appentis. Au-delà d’être contre l’aéroport, on est là pour se battre pour davantage de solidarité, construire un projet de vie différent. »

Soixante lieux de vie

Aujourd’hui, alors qu’environ 200 personnes habiteraient sur la ZAD, on compterait une soixantaine de lieux de vie. Des maisons, cabanes et habitats en tous genres, mais aussi une « salle de boxe », « une conserverie » ou encore un « cyber café ». Tous les vendredis un « non marché » se tient grâce aux activités agricoles développées ici, sans aucun échange d’argent. En plein cœur de la ZAD, deux boulangeries produisent des centaines de kilo de pain par semaine. Un journal est même imprimé et diffusé de façon hebdomadaire aux habitants.

Une société paisible qui s’oppose à l’image parfois violente associée au zadistes. « Il peut y avoir des problèmes, mais comme partout, répond une Camille, comme s’appellent les occupants. Ce qui est sûr c’est que l’on ne cherche pas à créer un îlot, au contraire. Toute l’énergie de ces gens pourtant très différents est mise au service de la construction du vivre-ensemble. Ce mouvement doit pouvoir se répandre. »