EN IMAGES. Nantes: Comment les «experts» font parler une tache de sang

REPORTAGE En dix ans, l'institut génétique Nantes Atlantique a fait de l'analyse d'ADN sa spécialité...

Julie Urbach

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Cyril cherche des traces invisibles à l'oeil nu
Cyril cherche des traces invisibles à l'oeil nu — J. Urbach/ 20 Minutes

Une tache sur un t-shirt, de la salive sur un mégot, un cheveu dans une cagoule… Rien n’intéresse plus la quarantaine de techniciens scientifiques de l’institut génétique de Nantes-Atlantique (IGNA). Depuis plus de dix ans, les « experts » de ce laboratoire privé, comme on en voit beaucoup dans les séries américaines, font parler l’ADN afin d’aider la justice dans des affaires criminelles. Très médiatisées pour certaines (Dupont de Ligonnès, le petit Grégory, Sophie Gravaud…), elles ne se sont pas déroulées que dans la région nantaise : des tribunaux des quatre coins de la France sollicitent désormais l’institut.

Grâce à leurs techniques de plus en plus perfectionnées, les experts nantais ont déjà établi plus d’un million de profils génétiques. Tous les jours, dans leurs nouveaux locaux de Saint-Herblain, arrivent sous haute surveillance des dizaines de scellés qu’ils auront à examiner : armes, téléphones portables, vêtements, documents divers, mais aussi « morceaux de muscles », tissus imbibés de sang et parfois même des fœtus, stockés dans une pièce sécurisée, remplie de réfrigérateurs. Parfois, il suffit de 2h30 pour établir un profil génétique.

 

Eviter la contamination

Armé d’une étrange machine aux rayons bleus, plongé dans l’obscurité, Cyril s’affaire devant un t-shirt blanc. Grâce à son Crimescope, le jeune technicien met en évidence des dizaines de traces invisibles à l’œil nu. Après plusieurs tests successifs et rapides, il arrive par exemple à déterminer si cette tache brune est bien du sang, provient bien d’un être humain, et à décider alors de l’analyser. Idem pour la sueur, le sperme ou la salive. Mais impossible d’approcher sans s’être équipé de masque, charlotte, blouse et gants. « Notre obsession est d’éviter la contamination, pour qu’aucun ADN indésirable ne vienne perturber les opérations », explique Gaelle Le Pajolec, directrice déléguée.

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Le laboratoire, qui fut le premier à pratiquer ces techniques en France, a su aller au-delà de ses fondamentaux. Grâce à de nouveaux appareils de séquençage, ses chercheurs travaillent actuellement à l’élaboration d’un « portrait-robot génétique » qui permettra de déterminer la couleur des yeux, des cheveux, ou définir l’origine ethno-géographique d’une personne, à partir de quelques cellules seulement.

Ils s’infiltrent dans les portables

A la Dexter, l’IGNA dispose aussi d’un département de morphoanalyse (reconstitution d’un scénario en fonction des traces de sang). Il pratique la comparaison d’écriture, et sait enfin très bien s’infiltrer dans toutes sortes d’appareils électroniques. A l’aide de dizaines d’adaptateurs, des techniciens en informatique font apparaître, en quelques secondes, des milliers de données stockées (et même si elles ont été effacées !) contenues dans un ordinateur ou téléphone portable.

SMS, photos toutes géolocalisées, journal d’appel… « Cela peut confirmer que deux personnes se sont téléphoné avant un crime, détaille Jérôme Redureau, assistant expert informatique. Là aussi c’est une aide supplémentaire à l’enquête, qui peut par exemple orienter les débats lors d’un interrogatoire. »