FC Nantes: « Je dévissais et je vissais des sièges au stade Louis II de Monaco...», raconte Mohamed Larbi

FOOTBALL Le milieu de terrain offensif (28 ans), passé par Nantes (de 2000 à 2005) qu'il affronte samedi, est passé par des chemins tortueux pour devenir professionnel. Aujourd'hui, il s'éclate au Gazélec Ajaccio...

David Phelippeau
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Mohamed Larbi, à droite, face au Lorientais François Bellugou.
Mohamed Larbi, à droite, face au Lorientais François Bellugou. — PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP

Son histoire donnerait beaucoup d’inspiration à n’importe quel cinéaste. Cette histoire est celle de Mohamed Larbi, milieu de terrain offensif de 28 ans, qui fait les beaux jours du Gazélec Ajaccio. Son nom n’est pas inconnu à Nantes, qu’il affronte samedi. Et pour cause, de 2000 à 2005, le jeune Tunisien fréquente la Jonelière. Son talent ne passe pas inaperçu. En 2005, coup de théâtre, Larbi décide de quitter le FCN alors qu’il lui reste un an et demi de contrat stagiaire. Direction l’Etoile du Sahel en Tunisie. « On me proposait 5 ans de contrat pro là-bas avec un salaire plus important qu’à Nantes, se souvient Larbi. J’ai pensé à moi et ma famille. J’aurais dû plus penser au foot. »

Il signe à l’Étoile du Sahel à 18 ans, « une erreur »

Au bout d’une semaine, « Momo » - comme on le surnomme - se rend compte de son « erreur ». Il se retrouve avec une kyrielle d’internationaux et ne joue quasiment pas. « J’ai demandé à mon agent si ce n’était pas possible de revenir en arrière, de revenir à Nantes. » Trop tard. Changement de président, temps de jeu famélique, absence de salaires certains mois. Au bout d’une saison, Larbi quitte l’Etoile du Sahel. Le début d’un long, très long tunnel.

Il nettoie des trains et dévisse/visse des sièges à Louis II

« Pendant un an, je me suis entraîné seul car je n’avais pas de club. Six mois à Nantes dans ma belle famille, six mois à Orléans, d’où il est originaire. » Pour gagner sa vie, il fait de l’intérim. « Pendant une semaine, j’ai fait du travail de nettoyage dans les trains en gare de Nantes, raconte-t-il. C’est dingue, quelques mois avant, j’étais joueur au FCN, j’arrivais en train à la gare et on venait me chercher en taxi. Là, je nettoyais les trains… » En 2007, le club de Menton (CFA 2) l’appelle. Larbi travaille à côté. « Je ne l’ai jamais raconté, mais j’ai vissé et dévissé les sièges au stade de Louis II de Monaco pour la Supercoupe d’Europe. Je passais devant les jeunes de l’AS Monaco, ça m’a mis une grosse tarte dans la gueule ! ».

Luçon, le déclic

Les petits boulots ne sont pas légion. Heureusement le RSA tombe tous les mois. L’homme galère, le footballeur s’accroche. Il rallie alors Malesherbes (CFA 2) en 2008 dans le Loiret. « Je n’étais même pas au-dessus du lot. J’ai beaucoup douté. » Pour ne rien arranger, sa formation descend en DH. Compiègne (CFA) puis Saint-Pryvé-Saint-Hilaire (CFA) lui donnent sa chance.

En 2011, le déclic. Larbi rejoint le club de Luçon (CFA) en Vendée. « J’ai eu le sentiment de retrouver le FCN sur le plan sportif et en dehors. En janvier 2013, il traîne même les pieds pour quitter la Vendée et signer au Gazélec Ajaccio (leader de National). « Je ne voulais même pas partir de Luçon, j’y étais bien. Et puis, je me suis dit que c’était peut-être le dernier train vers le monde pro. Cette fois-ci, j’ai fait un choix sportif, et il a payé ! »

Il carbure au « Gaz »

Montée en L2 puis accession à la L1 l’été dernier. Larbi arrive à ses fins. Enfin. « J’ai rattrapé mon erreur de Nantes [d’être parti à l’Etoile du Sahel] dix ans après », confesse-t-il, très lucide. « Momo » se pose plein de questions. « Est-ce que j’aurais réussi à devenir pro en restant à Nantes ? Est-ce que ce que je vis en ce moment au Gazélec [11 titularisations pour 4 buts] aurait la même saveur si je n’avais pas eu cet incroyable parcours ? » En attendant, Mohamed Larbi retrouve, samedi soir, pour la première fois en match officiel son club formateur, le FC Nantes. Et le 9 janvier, il reviendra à Louis II pour affronter Monaco, et sans son tournevis…