Procès Xynthia: «Jamais je n'aurais pu imaginer une telle catastrophe», insiste René Marratier

JUSTICE La cour d'appel de Poitiers a auditionné ce lundi l'ex-maire de La Faute-sur-Mer, rejugé pour la mort de 29 personnes dans sa commune en 2010...

Frédéric Brenon

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René Marratier, ici avec son avocat, est jugé pour homicides involontaires et mise en danger. AFP / G. Souvan SOUVANT
René Marratier, ici avec son avocat, est jugé pour homicides involontaires et mise en danger. AFP / G. Souvan SOUVANT — AFP

Au troisième jour du procès en appel de la catastrophe Xynthia à La Faute-sur-Mer, l’heure est venue ce lundi d’auditionner René Marratier, maire de la commune entre 1989 et 2014. Personnage central du procès, l’élu, 63 ans, avait été condamné en première instance à quatre ans de prison ferme pour homicides involontaires et mise en danger d’autrui. Vingt-neuf personnes avaient péri lors du passage de la tempête la nuit du 28 février 2010. La plupart noyées dans leur maison de plain-pied à la suite de la submersion de la digue.

« Jamais je n’aurais pu imaginer une telle catastrophe, a répété à plusieurs reprises René Marratier devant la cour d’appel de Poitiers. On pensait que le territoire était sécurisé. Jamais je n’aurais imaginé que la digue pouvait être submergée. De mémoire d’anciens, on n’avait jamais connu ça alors que les digues étaient plus basses. »

« La majorité des gens savaient que la zone était inondable »

Il est reproché à l’ancien maire d’avoir laissé s’établir des lotissements sur une zone inondable (classée inconstructible jusqu’en 2003), sans avoir suffisamment informé la population des risques, ni mis en place de plan de prévention et de secours, malgré les demandes du préfet.

« Des plaquettes d’information étaient disponibles en mairie, explique René Marratier. La majorité des habitants savaient parfaitement que la zone était inondable. Ceux qui construisaient dans le secteur savaient que ça présentait un risque. »

Il ajoute avoir « fait confiance » aux services de l’Etat pour l’instruction des permis de construire, n’avoir reçu « aucun coup de téléphone » de la préfecture le soir de la tempête. Celle-ci lui avait toutefois envoyé des mails alertant d’une vigilance rouge annoncée par Météo France. « Je ne suis pas un féru d’informatique », s’excuse-t-il.

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Regrets exprimés et compassion

« Bien évidemment, j’aurais dû faire mieux, regrette l’ancien maire. Je me rends compte qu’il y a sûrement eu des failles. Je n’avais pas toute la gestion intellectuelle de ce dossier relativement lourd. Je ne peux que m’excuser de n’avoir pas compris ce qui allait se passer. »

René Marratier a aussi répondu aux critiques des sinistrés lui reprochant son « absence de compassion » après le drame. « Je ne me reconnais pas du tout dans ce qui a été dit. J’étais sûrement KO debout. J’étais effondré par la situation ». « Il m’arrive encore de pleurer tout seul chez moi », confie-t-il.