Procès Xynthia: «Entendre citer les noms des victimes, c’est un nouveau coup de poing»

JUSTICE Le procès en appel de la catastrophe Xynthia à La Faute-sur-Mer s’est ouvert ce mercredi. Les parties civiles sont émues et déterminées…

Frédéric Brenon

— 

Renaud Pinoit, président de l'association des victimes de l'inondation de La Faute-sur-mer (Avif). AFP  / G SOUVANT
Renaud Pinoit, président de l'association des victimes de l'inondation de La Faute-sur-mer (Avif). AFP / G SOUVANT — AFP

Près de six ans après le passage de la tempête Xynthia, qui a causé 29 morts sur la seule commune de La Faute-sur-Mer (Vendée), les victimes et leurs familles sont de retour au tribunal. La cour d’appel de Poitiers examine en effet à partir de ce mercredi la responsabilité de l’ancien maire de La Faute, René Marratier, et de son ex-adjointe, Françoise Babin.

Le premier avait été condamné à quatre ans de prison ferme par le tribunal correctionnel des Sables d’Olonne, la seconde avait écopé de deux ans ferme. La plupart des victimes ont péri noyées suite à la submersion de la digue la nuit du 28 février 2010, piégées par la montée des eaux dans leurs maisons sans étage.

« On s’est donné pour mission d’être dignes »

« C’est une seconde épreuve, confie Renaud Pinoit, président de l’association des victimes (Avif). Aux Sables d’Olonne, il y avait beaucoup d’émotion, beaucoup de témoignages compliqués. Ce sera encore difficile, même si le procès devrait être plus technique. C’est pour ça qu’on a souhaité nettement moins de témoignages [une dizaine contre cinquante en première instance]. Redire tous notre histoire à la barre, ce n’était pas concevable. »

« C’est dur, confirme François Anil, partie civile. Entendre citer les noms des victimes, c’est un nouveau coup de poing. Mais il y a beaucoup de conviction. On s’est bien préparés. » « La colère est là, bien sûr, reconnaît Jean-Paul Bounine, qui a perdu sa maison. Mais on s’est donné pour mission d’être dignes. »

« On se sentait protégé par la digue »

Si les avocats de René Marratier jugent « extrêmement sévère » la peine qui lui avait été infligée il y a un an, les parties civiles espèrent, elles, que cette sanction sera confirmée. « Quatre ans, ça peut paraître lourd. Mais ce n’est rien par rapport à la perte d’un membre de sa famille », considère Renaud Pinoit. « Ça ne fait même pas un mois par victime, fait remarquer Jean-Paul Bounine. C’est pas cher payé. Et puis, avec les remises de peine, il n’en fera que la moitié. » « Je crains vraiment un adoucissement de la peine », lâche Pierre Métais, qui a été secouru à l'étage de sa maison lors de Xynthia

>> Lire aussi: René Marratier, maire de La Faute-sur-Mer, joue gros en appel

« On ne vient pas pour l’argent, on veut que justice soit rendue, insiste Jean-Paul Bounine. Des fautes ont été commises, des choses ont été cachées. Quand on s’est installé à La Faute, on n’a jamais été informé des risques d’inondation. Au contraire on se sentait protégé par la digue. Il faut que ce procès serve d’exemple. »

«Il a commis des erreurs, il doit assumer»

Au-delà de la sanction, les parties civiles ne veulent plus que l’ancien édile de La Faute « se dédouane », se posant en « petit maire » à « l’intelligence » limitée, comme il l’avait exprimé en première instance. « Ça ne tient pas debout, c’est un rôle qu’il se donne, s’agace Renaud Pinoit. On ne reste pas à la tête d’une commune où il y a 40.000 habitants l’été sans rien connaître. Il a commis des erreurs. Il doit assumer. »

Le procès doit s’achever dans deux semaines.