Procès Xynthia: René Marratier, maire de La Faute-sur-mer, joue gros en appel

JUSTICE Le second procès de la catastrophe Xynthia, qui avait fait 29 morts à La Faute-sur-mer en 2010, débute mercredi à Poitiers...

Frédéric Brenon

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René Marratier, ancien maire de La Faute-sur-mer, avait été condamné à 4 ans de prison ferme le 12 décembre 2014 par le tribunal correctionnel des Sables d'Olonne.
René Marratier, ancien maire de La Faute-sur-mer, avait été condamné à 4 ans de prison ferme le 12 décembre 2014 par le tribunal correctionnel des Sables d'Olonne. — S.Salom-Gomis/ Sipa

Ce sera le personnage central du procès en appel de la catastrophe Xynthia à La Faute-sur-Mer (Vendée), qui s’ouvre mercredi à Poitiers. René Marratier, 63 ans, maire de La Faute entre 1989 et 2014, a été jugé en première instance responsable de la mort de 29 personnes lors du passage de la tempête la nuit du 28 février 2010 et condamné à quatre ans de prison ferme pour « homicides involontaires aggravés » et « mise en danger de la vie d’autrui ».

La décision du tribunal correctionnel des Sables d’Olonne, rendue le 12 décembre 2014, avait fait grand bruit. Se considérant comme un « bouc émissaire », René Marratier l’avait qualifié de « scandale d’Etat ». Il faut dire que la peine infligée, considérée « lourde » par de nombreux observateurs, allait au-delà des réquisitions du procureur.

Le tribunal avait estimé que l’ancien maire, qui avait laissé s’établir des lotissements dans une zone théoriquement inconstructible sans avoir mis en place des plans de prévention et de secours, connaissait parfaitement les risques d’inondation dans la station balnéaire mais les avait intentionnellement occultés pour ne pas entraver la manne financière que représentait l’urbanisation.

René Marratier, ancien maire de La Faute-sur-mer, avait été condamné à 4 ans de prison ferme le 12 décembre 2014 par le tribunal correctionnel des Sables d'Olonne. - S.Salom-Gomis/Sipa

« On avait affaire à un tribunal partial »

« René Marratier est toujours extrêmement choqué par cette peine incompréhensible, rapporte Didier Seban, avocat du prévenu. On ne lui reproche aucun délit de malhonnêteté, aucun enrichissement, aucun bénéfice personnel dans cette histoire. La seule explication est de considérer qu’on avait affaire à un tribunal partial. »

Pour l’avocat, « la chaîne de responsabilités qui a amené la catastrophe Xynthia a été complètement éludée » par le tribunal. « C’est ce qu’on va dire à la cour d’appel. Que la prise en compte des risques naturels est une vision partagée, que les services de secours eux-mêmes n’étaient pas structurés, que les permis de construire étaient rédigés et préparés par les services de l’Etat », énumère Didier Seban, pour qui les « responsabilités des maires de France sont surexposées par rapport aux moyens qui sont à leur disposition ».

René Marratier peut-il éviter la prison ? « On va se battre pour ça, assure son avocat. On espère qu’on reviendra aux faits et pas à la volonté d’éliminer un homme. Je ne suis pas sûr qu’il supporterait une décision qui irait dans le même sens. Sa famille est très inquiète. »

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L’ex-adjointe et son fils également rejugés

Outre l’ancien maire de La Faute, Françoise Babin, adjointe à l’urbanisme et promoteur immobilier au moment des faits, est également rejugée après avoir écopé de deux ans de prison ferme. Son fils, Philippe Babin, président de l’association syndicale des marais de La Faute, condamné à 18 mois de prison ferme pour ne pas avoir organisé de surveillance de la digue la nuit de la tempête, figure, lui aussi, parmi les prévenus.