Attentats à Paris: L'absence de rassemblement crée une «grande frustration» chez les Nantais

TERRORISME Un docteur en pyschologie analyse les difficultés de la population à partager collectivement son émotion après les attentats...

Frédéric Brenon

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Près de 400 personnes se sont réunies à l'hôtel de ville de Nantes pour une minute de silence S.SALOM-GOMIS/
Près de 400 personnes se sont réunies à l'hôtel de ville de Nantes pour une minute de silence S.SALOM-GOMIS/ — SIPA

Depuis les attentats parisiens vendredi soir, de nombreux Nantais cherchent à partager leur émotion et leur solidarité collectivement, comme ils avaient pu le faire quelques heures à peine après l’attaque contre Charlie Hebdo le 7 janvier. Mais aucun rassemblement d’ampleur n’a encore eu lieu, le préfet de Loire-Atlantique et Nantes métropole déconseillant ce type d’initiative pour des raisons de sécurité.

Plus surprenant, aucun endroit n’accueille bougies, fleurs et dessins : la fontaine de la place Royale est en effet fermée pour cause de marché de Noël et les quelques dépôts d’objets sur les marches du théâtre Graslin n’ont pas été imités.

Abdel-Halim Boudoukha, maître de conférences en psychologie clinique et pathologique à l’université de Nantes, analyse ce désarroi de la population.

« Il y a un besoin qui ne peut être soulagé »

« On est face à un événement effroyable, complexe, qui laisse cours à tout un ensemble d’émotions qui, habituellement, sont régulées dans les rassemblements sociaux. Mais compte tenu de l’hyper vigilance qu’on doit avoir sur le plan de la sécurité, compte tenu des risques éventuels liés à des mouvements de panique qui peuvent être très dangereux, comme on a pu le voir dimanche à Paris, les pouvoirs publics n’ont pas de marge de manœuvre pour répondre à cette demande. Nous sommes donc dans une impasse : il y a un besoin qui ne peut être soulagé. »

« La mairie pourrait proposer un lieu symbolique »

Une situation qui, pour le psychothérapeute, « génère actuellement un sentiment de grande frustration, de colère ». « Et le risque qui existe, c’est que cette colère se transforme en des comportements irrationnels. Ou du ressentiment à l’égard des politiques, des populations immigrées, etc. »

>> PHOTOS. Des milliers de Nantais se sont recueillis en silence à midi

Abdel-Halim Boudoukha livre une suggestion. « Peut-être que la mairie de Nantes pourrait proposer un lieu symbolique dans lequel on puisse commémorer, au moins déposer des bougies. Je pense qu’il faut l’organiser juste après les trois jours de deuil national. Pendant ce temps, les émotions, la peine, ne sont toujours pas régulées. »

« Personne ne peut y échapper »

La frustration de la population serait accentuée par la proximité ressentie avec les victimes de ces attentats. « Les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper casher, on était dans la symbolique, explique le psychothérapeute. Aujourd’hui, c’est différent : on a tué des quidams, ça pouvait être n’importe qui, vous, moi. Nous sommes tous touchés, personne ne peut y échapper. C’est pourquoi l’émotion est si vive. »

Les psychologues de l’université proposent leurs services

Les enseignants-chercheurs en psychologie de l’université de Nantes ont décidé de proposer leurs services et compétences pour les personnes qui ont été touchées directement par les attaques terroristes parisiennes. L’association française de thérapie cognitive et comportementale (AFTCC) met également gratuitement à disposition ses psychologues.