Notre-Dame-des-Landes: L'Etat va-t-il lancer les grandes manœuvres?

PROJET D'AEROPORT Alors que les recours environnementaux déposés par les anti-aéroport ont été rejetés, deux scénarios se dégagent désormais...

Frédéric Brenon

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Une affiche de campagne de François Hollande détournée par des opposants à l'aéroport
Une affiche de campagne de François Hollande détournée par des opposants à l'aéroport — Fabrice ELSNER/20 MINUTES

Après le rejet ce vendredi des recours environnementaux, sur lesquels les opposants à l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes fondaient beaucoup d'espoirs, que va-t-il advenir du projet dont les travaux sont suspendus depuis presque trois ans? Deux scénarios se dessinent.

1) Les recours se poursuivent en appel, les travaux ne reprennent pas

Le premier scenario est le statu-quo, c'est-à-dire le gel du chantier dans l'attente de l'arrêt de toutes les actions en justice portées par les opposants. Une hypothèse renforcée par l'imminence de la Conférence mondiale sur le climat à Paris (Cop 21), où la France veut donner une image exemplaire, puis des élections régionales, où le PS risque gros. Les anti-aéroport ont déjà annoncé ce vendredi qu'ils feraient appel de la décision défavorable du tribunal administratif de Nantes. «On se souvient que le projet d'extension du port de Nantes-Saint-Nazare à Donges-Est avait été retoqué en appel alors que les associations écologistes avaient perdu en première instance», positive Me Thomas Dubreuil, avocat de l'Acipa et du CeDpa, les deux principales associations opposées au projet.

Bruxelles doit à son tour se prononcer sur le bien-fondé environnemental du projet, probablement cet été. Les opposants promettent aussi de déposer un nouveau recours dès que le préfet de Loire-Atlantique prendra un arrêté portant dérogation pour la destruction du campagnol amphibie (un rat d'eau), une espèce protégée au niveau européen. De même, le nouveau permis de construire de la future aérogare, dont l'instruction avait été suspendue, sera «regardé de près», prévient le porte-parole de l'Acipa.

Un nouveau report des travaux allongerait toutefois encore plus le retard déjà important pris par le chantier et exposerait l'Etat à la colère des élus du Grand Ouest et de Vinci, concessionnaire du projet et acteur économique influent.

2) L'Etat passe en force et lance les opérations

Le second scénario est celui d'un démarrage des travaux ces prochaines semaines. Une hypothèse possible sur le plan juridique puisque les recours ne sont pas suspensifs. Elle a également pris du poids politiquement avec les déclarations de Manuel Valls ce vendredi affirmant que la décision du tribunal administratif de Nantes «doit entraîner la reprise des travaux». C'est aussi ce que réclament haut et fort les partisans du projet.

«La décision du tribunal confirme une nouvelle fois la validité du projet d'aéroport du Grand Ouest, projet d'intérêt général. L'Etat de droit doit désormais être respecté», soutient Jean-Marc Ayrault, ex-Premier ministre et ex-maire de Nantes. «Le temps de la réflexion et de la concertation est désormais terminé. Place maintenant à l'action», exhorte Jean-François Gendron, président de la CCI de Nantes-Saint-Nazaire.

Oui, mais voilà, l'accord politique conclu entre le PS et les Verts avant les élections municipales 2014 stipulait un gel des travaux jusqu'à l'épuisement des recours. Y compris les recours en appel? «Bien sûr, assure le député EELV François de Rugy. François Hollande lui-même l'a rappelé». «L'épuisement d'un recours, du point du vue du droit, ce n'est pas seulement la première instance, soutient, catégorique, Me Thomas Dubreuil. L'interprétation que fait Manuel Valls de cet accord n'est pas tenable. Un démarrage des travaux en serait une violation pure et simple. Il faudrait alors en tirer les conséquences sur le plan politique.»

Autre bémol: un démarrage des travaux sur le site aéroportuaire obligerait aussi à évacuer les Zadistes occupant le terrain. «Nous sommes prêt à parer à toute éventualité. La capacité de résistance du mouvement contre l'aéroport s'est encore renforcée depuis l'opération d'expulsion de l'automne 2012», affirment ces derniers. «Il y a des ultras de chaque côté. Les pouvoirs publics ont plutôt intérêt à jouer l'apaisement», conseille François de Rugy. «Les Zadistes doivent désormais être évacués», insiste la CCI. «Il serait inacceptable que le gouvernement socialiste choisisse, une fois encore, l'immobilisme et le laxisme», vilipende le sénateur Bruno Retailleau (Les Républicains).