Nantes: Au MIN, le déménagement est attendu avec «impatience», mais des craintes demeurent

ECONOMIE Les rencontres se multiplient au marché de gros de l'île de Nantes pour préparer l'organisation du nouveau site qui ouvira à Rezé en 2018...

Frédéric Brenon
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Fruits au MIN de Nantes.
Fruits au MIN de Nantes. — F.Brenon/20Minutes

Après les architectes du projet en début de semaine, la présidente de Nantes métropole, Johanna Rolland, a, à son tour, longuement visité les installations du marché d’intérêt national (MIN) et multiplié les rencontres avec les opérateurs ce jeudi matin. La préparation du transfert du marché nantais vers la zone de la Brosse à Rezé à l’horizon 2018 est en effet entrée dans une phase active.

C’est maintenant que ça se décide

« C’est en ce moment que se décide l’organisation des espaces du nouveau MIN, confirme Pascal Bolo, président de la Semminn, la société gestionnaire. L’enjeu est grand car il faut faire cohabiter sur un même lieu des professionnels qui ont des activités et statuts (propriétaires et locataires) différents, tout en recherchant la plus grande performance logistique. Le résultat sera du cousu main. »

Deuxième MIN de France après Rungis, le site de l’île de Nantes est aujourd’hui une grosse fourmilière, active surtout la nuit, rassemblant une centaine d’entreprises (grossistes et producteurs) pour près de 1200 salariés. L’activité, qui atteint en ce moment un pic en raison de la demande touristique estivale, concerne principalement les fruits et légumes et la pêche. On trouve aussi des fleurs, de la boucherie, de la fromagerie et de l'épicerie.

Le nouveau MIN, un « challenge très important »

« Le MIN est vieillissant, les locaux sont exigus et parfois inadaptés. Ça restreint notre développement. Le déménagement est donc pour nous un challenge très important qu’on attend avec impatience. On mise beaucoup sur le nouveau site et le pôle agroalimentaire avec lequel il sera associé pour se moderniser et mutualiser des outils », estime Pierre Roffino, directeur de Miti, société spécialisée dans les produits de la mer. « Nous sommes un peu à l’étroit actuellement, confirme Jean Philippe, directeur commercial de la SAS Méchinaud, spécialisée dans les fruits. Le nouveau MIN, connecté au périphérique, est une belle opportunité pour augmenter notre attractivité. »

Eloignement, gâchis et embouteillages

La grande majorité des opérateurs présents sur l’actuel MIN sont candidats au déménagement. Pour autant, des craintes demeurent. « Les restaurateurs et commerçants viennent déjà de moins en moins. Ils préfèrent se faire livrer, ou s’approvisionnent chez Metro ou Promocash. Ce sera encore pire en s’éloignant à Rezé. Et puis il ne faut pas exagérer, de nombreux investissements ont été réalisés ici. Tout laisser en plan sera un beau gâchis », alerte un producteur bio de Vertou. « C’est politique tout ça, râle un autre producteur. L’unique motivation était de faire de la place au nouveau CHU, il ne faut pas chercher ailleurs. » D’autres inquiétudes s’expriment sur le risque d’embouteillages du périphérique aux heures de pointe.

« C’est le sens de l’Histoire »

« Bien sûr, il y a une part de risque, on ne sait pas exactement comment réagiront les clients. Mais l’avantage d’être dans des locaux neufs, avec des services partagés (sécurité, stationnement, nettoyage, gestion des déchets), domine. La plupart des MIN de France sont ou seront obligés de s’éloigner des centres-villes en raison de l’urbanisation. C’est le sens de l’Histoire », estime Jean-Luc Cadio, PDG de Berjac, distributeur de transformateur de produits frais, par ailleurs vice-président de la chambre de commerce et d’industrie (CCI).

Le MIN doit s’installer au plus tard en juillet 2018 sur un site de 20 ha près de la porte de Rezé. Le coût du déménagement et de la construction des nouveaux locaux est estimé à 80 millions d’euros. Un pôle agroalimentaire de 20 ha sera aménagé juste à côté.