FC Nantes: Il voulait encourager son équipe, il s'est retrouvé 15 heures en garde à vue

TEMOIGNAGE Un supporter nantais raconte son déplacement à Amiens pour le match entre Lens et Nantes de samedi et son interpellation juste avant d'entrer dans le stade de la Licorne...

David Phelippeau

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Pour avoir lancé des fumigènes, dimanche soir, la tribune Loire fait courir un risque de huis clos.
Pour avoir lancé des fumigènes, dimanche soir, la tribune Loire fait courir un risque de huis clos. — F. Elsner / 20 Minutes

Samedi soir, juste avant la rencontre entre Lens et le FC Nantes, à Amiens, 16 supporters nantais ont été interpellés puis mis en garde à vue. Un arrêté préfectoral avait été pris par la préfète de la région Picardie et de la Somme quelques jours avant le match. Il interdisait « à toute personne se prévalant de la qualité de supporter du club du FC Nantes, ou se comportant comme tel, d’accéder au stade d’Amiens » et même « de circuler ou de stationner » dans le périmètre proche du stade.

La préfète Nicole Klein avait motivé cet arrêté, du fait « du caractère récent et répété d’événements graves, de nature à troubler l’ordre public, constatés à l’occasion des déplacements », et « du contentieux permanent opposant les supporters ultras » du RC Lens et du FC Nantes. Aucun déplacement officiel de fans nantais n’a donc eu lieu.

Stéphane (prénom d’emprunt car il préfère garder l’anonymat), 21 ans et fan du FCN, raconte pour la première fois ce qui lui est arrivé. Il avait connaissance de l’arrêté, mais n’envisageait pas finir dans une cellule. « Je m’attendais à ce qu’on me jette du stade, mais pas à être mis en garde à vue pendant 15 h ! ». Récit.

L’interpellation

« Je suis parti de Paris avec mon cousin de 16 ans. Je fais partie d’une asso de supporters nantais, mais j’y allais en tant que supporter indépendant. On est arrivés à 19 h au stade. On a mis nos écharpes de Nantes et on s’est baladés autour du stade. Personne ne nous a rien dit. Vers 19 h 45 (1 h 15 avant le coup d’envoi), lorsque nous avons voulu entrer dans le stade, nous avons été stoppés au 1er barrage. Nous avons pourtant proposé d’enlever nos écharpes ou même de quitter la ville, mais ils n’ont rien voulu entendre. On nous a fait monter dans une voiture de police, puis on nous a emmenés au commissariat. Les policiers, là-bas, ne comprenaient pas trop ce qu’on faisait là et ne trouvaient pas ça normal. »

La garde à vue

« J’ai été mis en cellule. On était quatre, puis huit à l’intérieur. Mon cousin, mineur, a été mis avec les autres mineurs, dans une autre cellule. C’était sale et ça puait la pisse. Il y avait des toilettes à la turque avec des excréments partout. Au début, on nous a dit qu’on sortirait avant la fin du match. Puis à minuit. Puis à 8 h. Puis à 10 h. Finalement, on est sortis à midi, soit 15 heures de garde à vue.

Une heure après notre arrivée, j’ai été auditionné, histoire de remplir quelques champs sur une feuille. On m’a reproché le non-respect d’un arrêté préfectoral. Je leur ai dit que c’était totalement débile. Eux aussi étaient convaincus de ça, mais ils n’avaient pas le choix. J’ai dormi 30 minutes sur les 15 heures de garde à vue. On essayait d’avoir des infos avec les policiers qui passaient devant la cellule. On a eu un semblant de petit-déjeuner, avec une galette et un petit jus de fruit. Les mineurs n’ont eu ni couverture, ni petit-déjeuner. Un ou deux supporters ont gueulé, mais ont vite compris que ça ne servait à rien. Le matin, le procureur est venu. J’ai aperçu deux personnes. Une des deux, peut-être le procureur, m’a dit que c’était honteux ce qu’il s’était passé cette nuit ! »

 

Avait-il conscience de braver un interdit ?

« Oui, j’avais connaissance de l’arrêté, mais je ne pensais pas qu’il serait appliqué de cette manière. Je pensais qu’ils allaient nous faire enlever les écharpes. Au commissariat, les policiers étaient plus compréhensifs qu’au stade. Me concernant, j’avais acheté mes places avant que l’arrêté ne sorte. La plupart des supporters interpellés l’ont été à cause de leur plaque d’immatriculation ou de leur carte d’identité [délivrée à Nantes]. »

Son ressenti

« Ce que j’ai vécu est totalement disproportionné. Je m’attendais à ce qu’on me jette du stade, mais pas à aller en garde à vue. Si on ne peut plus aller voir un match avec les couleurs de l’équipe adverse, c’est du grand n’importe quoi. On a reçu un rappel à la loi. Il n’y a pas de poursuites, mais il ne faut pas qu’on commette d’autres infractions de ce type dans un délai de 3 ans. Si on en commet, on sera poursuivis devant les tribunaux. C’est la première fois que j’allais en garde à vue, j’espère que ça sera la dernière. »