Saint-Nazaire, dernière ville de France libérée, le 11 mai 1945

HISTOIRE La ville portuaire commémore ce lundi le souvenir de la «poche» de Saint-Nazaire qui a pris fin il y a 70 ans...  

F.B. avec AFP

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L'historien Daniel Sicard, devant la base sous-marine construite à Saint-Nazaire par les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale. AFP  / G.GOBET
L'historien Daniel Sicard, devant la base sous-marine construite à Saint-Nazaire par les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale. AFP / G.GOBET — AFP

«C'est ici, le 11 mai 1945, que s'est terminée la Seconde Guerre mondiale en Europe», avait déclaré le Général de Gaulle. 70 ans plus tard, jour pour jour, Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, commémorera ce lundi après-midi la fin de la «poche» de Saint-Nazaire. Un morceau de l'Histoire de France méconnu, y compris en Loire-Atlantique.

Car l'occupation allemande ne s'est pas achevée pour tous les Français à l'été 1944, ni même le 8 mai 1945, jour de la capitulation nazie. Pour les habitants de la région nazairienne, elle s'est arrêtée ce 11 mai lorsque les Allemands ont officiellement déposé les armes. «C'était notre Libération à nous, neuf mois après tout le monde», se souvient Stéphane Glotin, 92 ans.

«On s'est sentis laissés de côté»

Hitler ordonne de défendre «jusqu'au dernier homme» ces poches de l'Atlantique considérées comme stratégiques après le Débarquement de Normandie: Brest, Lorient, Saint-Nazaire, Royan, La Rochelle. Dans les mois qui suivent, seule Brest est libérée par les Américains au terme d'une longue bataille, en septembre 1944.

«On s'est senti frustrés, laissés de côté. C'était un peu l'état de siège», avec d'un côté 32.000 Allemands, et de l'autre des résistants et des unités militaires américaines, qui encerclent un vaste secteur de 1.800 km2 de part et d'autre de la Loire et dont la base sous-marine de Saint-Nazaire constitue le cœur. Une ville presque entièrement détruite et que ses habitants avaient fuie pour se réfugier dans les villages alentour.

Alors que le reste de la France savoure la liberté retrouvée, près de 124.000 «empochés» doivent cohabiter avec les Allemands. «On a su qu'à Nantes (libérée le 12 août 1944), les gens faisaient la fête. Ils étaient au courant pour la poche, mais ils ne se rendaient pas compte. Ça a été le front oublié».

«Les Allemands avaient faim, eux aussi»

Dans la poche, la cohabitation avec la Wehrmacht n'est pas de tout repos. «Quand les obus américains tombaient sur les communes, on se retrouvait dans les mêmes abris. Mais pour le ravitaillement, c'était beaucoup plus strict: celui qui avait récolté des pommes de terre, il avait intérêt à les cacher. Ils menaçaient les fermiers avec leurs armes», raconte Stéphane Glotin.

A l'intérieur de la poche, les nouvelles parviennent à filtrer: «On avait quelques postes de radio, à galène parce qu'il n’y avait pas de courant. Et puis il y avait des passeurs, qui traversaient la Loire avec des messages. Ils entouraient leurs rames avec des chiffons pour que ça fasse moins de bruit, parce que les Allemands patrouillaient sur l'estuaire».

C'est de cette manière qu'il correspond avec sa famille après son départ en janvier 1945, profitant d'un convoi d'évacuation de la population civile. Il rejoint les FFI qui, derrière la ligne de front, empêchent les Allemands de sortir. Ces derniers «organisaient des pillages dans les fermes pour chercher des cochons... Ils avaient faim, eux aussi».

Le 11 mai, la libération, enfin

Puis le jeune Stéphane rejoint l'armée régulière. Le 11 mai, trois jours après la capitulation allemande, il pénètre dans la poche enfin libérée, en vainqueur: «Au bord de la route, il y avait du monde partout, qui applaudissait quand on passait». Selon lui, si les Allemands ont capitulé dès le 8 mai, ce sont les Américains qui ont décidé d'attendre le 11 pour leur reddition effective.

Quelques Allemands sont restés à Saint-Nazaire

Devenus prisonniers de guerre, les soldats allemands ont ensuite servi de main-d’œuvre pour le déminage et le déblayage des ruines de Saint-Nazaire. La plupart y sont restés jusqu'en 1948. Quelques-uns, ayant tout perdu en Allemagne, s'y sont même installés et y ont fini leur vie, raconte l'historien local Daniel Sicard.