FC Nantes: «J'avais le sentiment d'être un peu Jésus», explique Matthieu Bideau

INTERVIEW Le responsable du recrutement du centre de formation du FCN a passé 9 jours au Sénégal pour repérer des jeunes talents...

David Phelippeau

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Matthieu Bideau, le responsable du recrutement du centre de formation.
Matthieu Bideau, le responsable du recrutement du centre de formation. — Arnaud Duret / FC Nantes

Du 7 au 16 mars, Matthieu Bideau, le responsable du recrutement au FC Nantes, est parti au Sénégal. Pour 20 Minutes Nantes, il raconte en détail le travail effectué dans l’optique de futurs essais et recrutements…

Qu’avez-vous fait au Sénégal?

Je suis allé là-bas pour suivre la Coupe d'Afrique des Nations U20 et repérer des joueurs sur des postes précis, mais aussi pour faire des détections de jeunes (entre 17 et 20 ans).

Avez-vous repéré des pépites?

Trois jeunes vont venir à la Jonelière dans un peu plus d’un mois pour faire un essai d’un mois. Deux attaquants et un milieu de terrain. Ils iront avec le groupe de CFA. Sur la CAN, 3 ou 4 joueurs sortent du lot. Quarante clubs supervisaient, dont dix français. J’ai ciblé un joueur qui va venir cet été. J’ai eu la chance de le rencontrer deux heures avant de prendre mon avion.

Sur les détections, les conditions de jeu ne sont pas toujours faciles… Comment peut-on vraiment juger les joueurs?

La moitié des détections se passaient sur des terrains synthétiques. Le reste sur du sable avec des rochers et des cailloux. Après, les joueurs qui sont très bons sur ce genre de surface ne peuvent qu’être meilleurs sur des vrais terrains à la Jonelière. Un des trois joueurs qui va venir à l’essai bientôt n’a rien à travailler particulièrement. Je pense qu’il est prêt pour la CFA, limite groupe pro. Après, il y a ce que j’ai vu là-bas et ce qu’il va produire ici dans un autre contexte et dans un autre pays.

Ce gamin vous a sauté aux yeux tout de suite…

Au bout de deux heures, je me suis dit que ce gamin serait titulaire en CFA chez nous. Après, est-ce que les joueurs autour avaient vraiment le niveau CFA? Je ne pense pas. Comment va-t-il réagir dans un autre contexte? Avec des joueurs d’un autre niveau? Avec une certaine pression?

Lors des détections, vous devez passer pour le «vendeur de rêves»?

Ils jouent leur vie. Ils ont les yeux qui brillent car ils ont tellement envie de venir en Europe. J’avais le sentiment d’être un peu Jésus. Ils sont prêts à venir jouer en DH ou en CFA2 en France. Ça me gêne mais je comprends… C’est une position gênante, des gens aiment se sentir dans cette position de puissance. Moi, clairement, ça me gêne. Je leur ai bien expliqué que bien qu'ils étaient nombreux, il y en aurait peut-être qu’un seul qui viendrait en stage. Je leur ai bien dit aussi que même pour des garçons qui sont en centre de formation, il n'y a que 20 % de chance que ça marche. Alors, pour ceux qui n’y sont pas encore, comme eux… Je leur ai bien dit qu’il était important d’avoir un double projet et d’avoir un métier. Force est de constater que la grande majorité mise tout sur le foot.

Avez-vous une obligation de résultat, vous, en tant que recruteur?

Avec le nombre de joueurs que j’ai vus (près de 400)... Si les trois joueurs, qui vont venir à la Jonelière, repartent, j’aurais le sentiment d'avoir mal fait mon travail. Neuf jours au Sénégal, ça a un coût. Les faire venir, ça a un coût. Ça doit déboucher sur une signature, mais pas une signature pour me faire plaisir. Plutôt parce qu’on se dit que ce gamin est chez les pros dans cinq ou six mois. Tu ne vas pas à Dakar pour prendre un joueur qui a le niveau CFA. Tu vas là-bas pour ramener des gamins sur lesquels les coachs seront unanimes. S’il n’y en a pas un qui plaît aux techniciens, j’aurais échoué.

Racontez-nous. Vous avez rencontré le frère de Papy Djilobodji

Sur une détection, j’ai rencontré El Hadji Djilobodji, 17 ans. Un milieu de terrain qui joue devant la défense, droitier. J’ai envoyé une photo à Papy, il était super content. Papy m’a renvoyé un sms: «Dépêche-toi de le faire signer avant qu’il ne parte ailleurs…»