Des migrants ont trouvé refuge dans un presbytère
Des migrants ont trouvé refuge dans un presbytère — D. Prochasson/20 Minutes

SOCIETE

Nantes: Des migrants vivent depuis cinq mois dans un presbytère

Après l'expulsion du squat de la rue des Stocks en juillet dernier, une soixantaine de migrants ont investi le presbytère de la paroisse Sainte-Marie-de-Doulon, à l'est de Nantes...

Après avoir fui la guerre et la misère et gagné l'Europe par terre ou mer, une soixantaine de migrants d'Afrique de l'Est, majoritairement demandeurs d'asile, vivent au jour le jour à Nantes dans le presbytère qu'ils squattent pour éviter «la rue», grâce à «la solidarité» des riverains.

«Pour moi, c'est comme s'ils faisaient partie de ma famille», lance Jeanine Mondain, 80 ans, une «voisine» du presbytère Saint-Médard, qui donne aux migrants des cours de français une fois par semaine. «Nous sommes des demandeurs d'asile. La langue, c'est très important», notamment pour faire les démarches administratives, renchérit en arabe Cherif, un Soudanais de 27 ans.

«Sans solution de relogement»

Cinq mois plus tôt, le 30 juillet, Cherif a été réveillé, comme une centaine d'autres migrants, à «6 heures du matin par les policiers et les bulldozers». Beaucoup d'entre eux, en grande majorité demandeurs d'asile, n'ont pu emporter «papiers d'identité, documents, médicaments», traduit Ahmat Kotombo, qui vient quasi quotidiennement faire le lien entre les migrants et les associations.

Expulsés «sans solution de relogement», les migrants et leurs soutiens ont «réquisitionné» ce presbytère de la paroisse Sainte-Marie-de-Doulon, à l'est de Nantes et à quelque trois kilomètres de leur précédent squat, propriété de la ville et loué à l'évêché, mais «inoccupé depuis 2007», souligne Jean Brunacci, membre de Solidaires et porte-parole du collectif de soutien.

Un second squat

Près de cent se sont d'abord entassés dans les huit chambres de ce bâtiment religieux de deux étages, sis dans un quartier populaire, jouxtant une école et faisant face à un supermarché. Ils étaient jusqu'à 23 dans certaines pièces, dormant sur des matelas posés sur des palettes en bois, et partageant une douche et deux toilettes.

Par manque de place, le collectif a décidé fin novembre d'ouvrir un second squat, appartenant à l'ouest de la ville à un propriétaire privé, où une trentaine de migrants a trouvé refuge, dans des conditions tout aussi précaires.

La solidarité s'est organisée

Au presbytère, la «solidarité» s'est organisée: la Banque alimentaire ravitaille en produits frais et secs, «les voisins nous viennent en aide, soit en apportant des couvertures, des matelas, des chaussures, soit en nous invitant à prendre le café», décrit Ahmat Kotombo. La veille de Noël, des paroissiens, ainsi que l'évêque, sont venus apporter chocolat chaud et friandises à ces hommes de confession musulmane. «Ils nous ont considérés comme si on était des citoyens parmi eux», salue Cherif, «très touché» par ce geste.

Bien que mise «devant le fait accompli», la paroisse fournit «eau et électricité» aux occupants du presbytère, en attendant que la mairie «trouve une solution». Le collectif réclame la tenue d'une table ronde, mais «tant la mairie que la préfecture font la sourde oreille», déplore Jean Brunacci. Selon les associations, aucune demande d'évacuation n'a pour le moment été formulée par la municipalité.