FC Nantes-Bordeaux: «Pour nous, les Nantais étaient des pleureuses…», se souvient Gilles Favard

VIDEO La rivalité entre les Canaris et les Girondins – qui s’affrontent samedi à la Beaujoire - n’est plus aussi forte que par le passé, notamment dans les années 80…

Marc Nouaux et David Phelippeau

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L'été dernier, Nantais et Bordelais s'étaient affrontés en amical (1-1).
L'été dernier, Nantais et Bordelais s'étaient affrontés en amical (1-1). — XAVIER LEOTY / AFP

De l’eau a coulé sous les ponts de la Loire et de la Garonne depuis plus d’une décennie… Les Canaris ont eu leur lot d’années de galère en L2, laissant les Girondins orphelins du derby de l’atlantique. L’antagonisme entre le FCN et Bordeaux a ainsi perdu de son éclat. «Il y a eu une rivalité mais elle n’est plus là car Nantes a connu une grosse période de creux», estiment même désormais les supporters des Girondins. La rivalité prend racine pour beaucoup dans les années 60. Deux entraîneurs s’affrontent. Arribas [coach de Nantes de 1960 à 1976] face à Artigas [coach de Bordeaux de 1960 à 1967]. «Déjà, à cette époque-là, ça mettait des pains», se souvient Gilles Favard, qui a été conseiller de l’ancien président Claude Bez dans les années 80 puis de l’actuel président nantais Waldemar Kita (2009-2011).

Les poètes contre les bûcherons?

Les plus gros «pains» semblent pourtant avoir été échangés dans les années 80. Les deux clubs visent le haut du panier de l’élite. Les duels entre les deux formations tournent souvent à la guerre de tranchées. «Il y avait une vraie agressivité dans les matchs, se souvient Gernot Rohr, ex-joueur bordelais. Le duel entre José Touré et moi était épique, celui entre Rio et Lacombe pas mal non plus.» Au milieu du terrain, le Girondin René Girard, actuel coach de Lille, n’était pas le dernier à distribuer des coups… C’est en tout cas se pensaient les Nantais à l’époque. «Ils reprochaient à René de jouer trop dur, explique Rohr. Leur coach Jean-Claude Suaudeau pleurait car on ne leur faisait pas de cadeaux.»

Favard: «Pour nous, les Nantaises étaient des pleureuses. On les appelait comme ça. Nantes avait la réputation d’une équipe qui jouait bien et pas Bordeaux, ça agaçait prodigieusement les Girondins.»

Le transfert de Tusseau à Bordeaux fait faire des bonds aux Nantais

Au niveau des résultats, ce fut chacun son tour. Le FCN remporte des titres en 1980 et 1983, Bordeaux prend ensuite le pas en s’adjugeant trois trophées (1984, 1985 et 1987).

En 1983, un transfert inattendu va mettre le feu aux poudres entre les deux clubs. Le Nantais Thierry Tusseau signe chez l’ennemi bordelais. L’intéressé n’a pas oublié: «Même si j’étais en fin de contrat et donc libre, Nantes n’a pas très bien pris mon départ surtout que je signais à Bordeaux. C’est vrai que c’est un transfert qui a fait pas mal de bruit. En plus, Monsieur Bez (président de Bordeaux à l’époque) avait affiché un très grand sourire de faire signer un Nantais. C’est un peu la faute des Nantais aussi, ils ont un peu tardé à me proposer de signer un nouveau contrat, du coup, j’ai répondu favorablement à Bordeaux.»

Quand il apprend la nouvelle, il se dit que Jean-Claude Suaudeau a fait des bonds… «Il était écœuré car il considérait Tusseau comme son fils», se souvient Gilles Favard. «Ce transfert a fait causer dans les chaumières, confirme l’ancien défenseur nantais Patrice Rio. Transférer un joueur, ça ne se pratiquait pas à l’époque. Pour la première fois, un joueur s’en allait du cocon nantais et il rejoignait l’ennemi!» Tusseau quittait alors le champion de France en titre pour rejoindre le futur lauréat…