Il a séché ses concurrents

PORTRAIT Le saucisson que Roger Bodet fabrique a été sacré meilleur d’Europe...

G. Frouin

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Roger Bodet, charcutier au Landreau, collectionne les récompenses pour ses saucissons.
Roger Bodet, charcutier au Landreau, collectionne les récompenses pour ses saucissons. — J.-S. EVRARD / 20 MINUTES

Le « petit Landréen » (c'est le nom de sa gamme de saucissons) a ainsi fait la nique à un millier de concurrents. Allemands, Luxembour­geois... comme Auvergnats. Ces derniers « étaient contents que le titre revienne à un Français, mais ils auraient préféré que ce soit à un des leurs », sourit Roger Bodet, qui a débuté dans le métier à 14 ans. « C'est comme si on nous disait, à nous, que le champion d'Europe du muscadet était du Massif central. »Dans son atelier de fabrication du Landreau, une trentaine de coupes occupent les étagères. Autant de diplômes des « meilleurs rillauds » ou du « meilleur boudin blanc » garnissent les murs. « Ça m'évite de faire la tapisserie », plaisante-

t-il. Mais le saucisson sec, « le sec », comme il l'appelle, c'est son « produit fétiche ». « C'est un loisir, comme la pêche pour d'autres, explique le charcutier. C'est un des produits les plus difficiles à réaliser. Pendant les cinq à sept semaines de séchage, il est en constante évolution. » Tous les après-midi, Roger s'enferme donc dans son labo, coupe son portable et multiplie les tests. Douze « parfums » ont déjà été commercialisés. Sau­cisson au cassis, aux pleurotes, aux figues ou au cidre... il y en a pour tous les goûts.Près de 120 kg à 150 kg de « sec » sont de cette manière produits chaque semaine par ses huit employés. La marchandise est ensuite écoulée chez un réseau de vingt-six revendeurs en Loire-Atlantique (boucheries-charcuteries, épiceries fines...) et par un camion itinérant sur les marchés nantais. A l'intérieur, un panneau invite les clients à s'offrir « l'un des meilleurs saucissons secs de France ».Aujourd'hui, Roger veut passer la vitesse supérieure. Il s'apprête à racheter une usine à Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire), qui peut produire... 55 tonnes de saucisson sec par mois. Le petit Landréen va pouvoir devenir grand.