Loire-Atlantique: Le danger qui guette les Restos du cœur

SOCIETE L'association caritative doit faire face à des dons qui se tarissent alors que ses bénéficiaires ne cessent d'augmenter. Pour s'en sortir, elle cherche de nouvelles sources d'approvisionnement...

Frédéric Brenon

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La distribution des denrées aux différents centres se prépare dans l'entrepôt départemental, à Nantes.
La distribution des denrées aux différents centres se prépare dans l'entrepôt départemental, à Nantes. — F. Brenon / 20 Minutes

Un anniversaire dont ils auraient préféré se passer. Les Restos du cœur ont lancé lundi leur 30e campagne hivernale d’aide aux personnes démunies. En Loire-Atlantique, plus de 2 millions de repas seront fournis jusqu’à fin mars. Persistance du chômage oblige, le nombre de bénéficiaires devrait encore augmenter (ils étaient plus de 20.000 en 2013-2014), alors que les ressources financières et les dons plafonnent dangereusement. Comment faire, dans ce contexte, pour répondre aux besoins? 

«C’est toute la difficulté du moment, confie Pierre Poupard, trésorier des Restos du cœur 44. Les collectivités, l’Etat, nous aident mais ils sont eux aussi touchés par la crise. Nous n’avons d’autre choix que de diversifier nos sources d’approvisionnement.» 

Lutter contre le gaspillage

Première piste: développer les dons en nature. «On essaie de sensibiliser les producteurs de viande, de légumes, de céréales. On va à leur rencontre dans les grands salons agricoles, explique Roger Daumas, administrateur des Restos 44. C’est quelque chose qui fonctionne bien avec la filière laitière grâce à une incitation fiscale. Elle nous offre du lait et nous, on finance la transformation en fromages, yaourts, etc.» 

Deuxième piste: lutter contre le gaspillage. «On cherche à convaincre les entreprises agro-alimentaires de nous donner leurs excédents ou invendus plutôt que de jeter à la poubelle parce que ça coûte moins cher. Le gaspillage alimentaire, c’est une catastrophe», rapporte Pierre Poupard.

Les invendus intégrés aux repas

Une autre solution consiste à intégrer dans les colis alimentaires les produits obtenus grâce à «la ramasse» d’invendus (avec une date limite de consommation non dépassée) dans les supermarchés et petits commerces. «Avant, c’était un petit plus qu’on proposait aux bénéficiaires dans les centres, ou qui nous servait à préparer des colis d’urgence, raconte Annick Hutteau, responsable de l'Accueil de jour pour femmes. Mais, pour la première fois, la «ramasse» sera cette année une composante des repas. Nos bénévoles vont essayer d’aller démarcher de nouveaux magasins. Mais, bon, des invendus, il n’y en a pas tant que ça: les commerces font plus attention qu’avant au gâchis.»

Hésitation à trop solliciter le grand public

Une autre piste consisterait à solliciter davantage l'aide du grand public, via de nouvelles collectes ou manifestations. «Mais le risque de lassitude est réel, pointe Roger Daumas. Quand on recense toutes les associations dans le besoin, rien qu’en Loire-Atlantique, il y a des appels aux dons en permanence. On est tous complémentaires. On ne veut pas trop tirer sur la corde.»

Plus à la marge, les centres de distribution bénéficient aussi des légumes fournis par les Jardins du cœur, exploités par des bénévoles ou des chantiers d'insertion de l'association. Près de 200 tonnes par an sont récoltées ainsi en Loire-Atlantique. Pour développer cette activité, les Restos du cœur auraient besoin de «plus de jardins, donc plus de terrains, plus de bénévoles, plus de matériels de maraîchage ainsi que d’équipements pour créer et réparer des serres».

33 centres en Loire-Atlantique

Les Restos du cœur disposent de 33 centres de distribution de repas dans tout le département. L'aide alimentaire y est gratuite, selon justificatif de ressources. Six repas par semaine sont proposés en hiver, ainsi qu'une aide spécifique pour les bébés.