Nantes: Sans la vente d'alcool le soir, les épiceries trinquent

SOCIETE La vente d'alcool à emporter est interdite depuis un an du jeudi au samedi, à partir de 22h, à Nantes...

Frédéric Brenon

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Les épiceries de nuit sont les plus pénalisées par l'interdiction.
Les épiceries de nuit sont les plus pénalisées par l'interdiction. — Valinco / SIpa

C’était l’une des mesures phares du plan de lutte contre l’alcoolisation massive. L’une des plus contestées aussi. Le 15 octobre 2013, la ville de Nantes interdisait la vente d’alcool à emporter les jeudi, vendredi et samedi soir à partir de 22h. Un an après, quel est le bilan?

Flagrants délits de vente

«Il est très difficile d’évaluer quel est l’impact précis de cette mesure sur l’hyperalcoolisation, prévient d’emblée Gilles Nicolas, adjoint au maire de Nantes. L’interdiction de la vente d’alcool à emporter n’est qu’un dispositif supplémentaire parmi tout un éventail d’actions visant à réguler un phénomène complexe.»

L’élu indique tout de même que 340 contrôles ont été menés depuis un an et que 39 procédures judiciaires ont été ouvertes suite à des constats de vente illicite. Toutes concernent des épiceries dites de nuit. «Quand on prend un arrêté, ce n’est pour faire des effets de manche. On s’en donne les moyens, commente Gilles Nicolas. Et Il y a effectivement des établissements chez qui il faut faire des piqûres de rappel.»

«Cette interdiction est hypocrite»

Les intéressés ne dressent pas le même bilan. La plupart disent avoir vu leur chiffre d’affaires sérieusement décliner. «Il était déjà en baisse en raison de la crise économique, explique Dogan, gérant du Noctambule, rue Maréchal-Joffre. Sans l’alcool le soir, ça devient très difficile. Alors oui, je ne m’en cache pas, malgré l’interdiction, je suis un peu plus souple sur les bières et le vin. Je n’ai pas le choix, sinon je ferme la porte. Mais je ne vends rien aux personnes éméchées. Je ne le faisais déjà pas avant.» «Cette interdiction est hypocrite car elle ne pénalise que des petits commerces de proximité, s’agace un responsable d’une épicerie-primeurs dans l’hypercentre. Les supermarchés vendent des quantités d’alcool astronomiques jusqu’à 22h. On ne pèse rien par rapport à eux, nos prix sont plus chers, on fait essentiellement du dépannage. Les sociétés de livraison à domicile, elles, sont impossibles à contrôler.»

Objectif de santé publique

«Nos actions répondent à un objectif de santé publique, pas un objectif de chiffres d’affaires, insiste Gilles Nicolas. Vendre des alcools forts à 2h ou 3h du matin, en particulier à des gens qui ont trop bu, participe à mettre en danger ces personnes. Il faut savoir que 30 à 40% de la délinquance de la voie publique se fait sous l’effet de l’alcool, que ce soit en tant qu’auteur ou en tant que victime.  On ne peut pas rester les bras croisés.»

Une «pression» policière

Beaucoup d’épiciers dénoncent également la surveillance policière. « On est sous pression, raconte Dogan. Les policiers passent plusieurs fois par semaine. Ils se positionnent discrètement à proximité du magasin et contrôlent les sacs à la sortie. Leur présence dissuade parfois les clients d’entrer. C’est une double peine : financière et psychologique. Certains collègues préfèrent ne plus ouvrir le soir. C’est oublier que notre commerce c’est aussi du lien social, une présence dans la rue qui rassure le soir.»

Les épiciers demandent à la mairie un assouplissement de la mesure, par exemple une interdiction «ne prenant effet qu’à minuit».

Un plan global contre l'hyperalcoolisation

Cette interdiction s'inscrit dans le cadre du Plan alcool lancé par la ville de Nantes en 2008. Plusieurs mesures répressives, de contrôle et, surtout, de prévention ont déjà été adoptées en ce sens.