«J'ai un petit pincement pour l'Arménie», confesse Michel Der Zakarian

FOOTBALL L'entraîneur du FC Nantes se confie longuement sur son pays de naissance...

David Phelippeau

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Michel Der Zakarian le 25 octobre 2013 à Nantes.
Michel Der Zakarian le 25 octobre 2013 à Nantes. — FABRICE ELSNER/20MINUTES

Ce mardi soir, la France affronte l’Arménie. Qui allez-vous supporter?

Je suis plus pour la France mais j’ai un petit pincement pour l’Arménie.

Ce match a-t-il eu une résonance particulière pour vous?

Oui, ce sont mes origines, je suis né là-bas. J’y ai toutefois passé peu de temps puisque je suis arrivé en France, à Marseille, quand j’avais 2 ans. J’y suis retourné 32 ans après pour les éliminatoires de la Coupe du monde 98. J’ai joué avec l’équipe nationale en 1996-97 et n’y suis pas retourné depuis. Avec ma famille, on est arrivé en France en 1963 et nous avons obtenu la naturalisation française en 1965 donc je me considère comme Français même si ce sont mes origines, mes racines, et que j’ai toujours un peu de famille là-bas. Je n’ai aucun souvenir du pays qui, à l’époque, faisait partie de l’URSS. C’est un petit pays, indépendant, mais avec peu de richesses. Il se construit peu à peu.

Pourquoi votre famille a-t-elle choisi de venir en France?

Mon père est né en Turquie, à l’époque c’était Constantinople, maintenant c’est Istanbul. Il a grandi en France, à Marseille. Après la guerre, il est reparti en Arménie. Ma mère, elle, est née en Grèce mais elle a grandi en Arménie. C’est paradoxal! Ils se sont connus là-bas mais comme le pays n’allait pas très bien, ils ont décidé de revenir sur Marseille.

Enfant, avez-vous été imprégné par l’histoire de votre pays, notamment celle, tragique, du génocide arménien que certains essaient de nier? 

Le génocide a bien existé, on ne peut pas le nier. Il y a eu beaucoup de souffrance. Les anciens en parlent encore.

Lorsque vous êtes retourné là-bas, au milieu des années 90, étiez-vous un étranger en Arménie?

Pas un étranger, mais presque… Je ne connaissais rien du tout de là-bas. Ma mère m’avait un peu parlé du pays, mais je ne connaissais personne, y compris ma famille sur place, je ne l’avais jamais vue. Cela dit, je pratique la langue. Mon vocabulaire n’est pas très bon mais je me fais comprendre, et je comprends tout. A la maison, avec ma mère on parlait Arménien. D’ailleurs, ma maman, que j’ai malheureusement perdue récemment, faisait très bien la cuisine arménienne: les feuilles de vigne, les feuilletés au fromage, les kebabs,… C’est délicieux. Elle a laissé quelques recettes mais ce n’est pas simple à faire.

Une anecdote au sujet de votre retour au pays?

Là-bas, il y a de la vodka et du Cognac, mais  je ne suis pas trop alcool fort. Or, la première fois quand j’y suis retourné, on m’a servi un verre. Je croyais que c’était de l’eau mais c’était de la vodka. Terrible! J’avais pris une bonne gorgée en plus, ça t’arrache la gueule! Quand j’étais petit, à Marseille, je me souviens de mon père qui chaque matin mangeait avec une vodka avant d’aller au travail. Il travaillait dans l’usine Coder qui fabriquait des traverses de chemin de fer.

Votre nom a ensuite circulé pour prendre cette sélection

Oui, on m’a relancé deux ou trois fois. Quand j’étais à Clermont, déjà… Mais pour l’instant ça ne m’intéresse pas. Je préfère travailler au quotidien avec un club. La sélection, c’est une approche différente du métier.

Mais l’envisagez-vous pour plus tard?

Oui, pourquoi pas… On ne sait pas ce que l’avenir nous réserve.