L'autoroute de la mer France-Espagne dans l'impasse

TRANSPORTS Malgré son succès, la liaison Montoir-Gijon est suspendue en raison de l'arrêt des subventions publiques...

Frédéric Brenon

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ST NAZAIRE, 16/05/2012 Les autoroutes de la mer relient des bateaux de St Nazaire a GIRONE en Espagne
ST NAZAIRE, 16/05/2012 Les autoroutes de la mer relient des bateaux de St Nazaire a GIRONE en Espagne — FABRICE ELSNER/20 MINUTES

Quatre ans après son lancement officiel, l’autoroute de la mer Montoir-Gijon transportera probablement ce mardi soir ses derniers passagers. Le ferry, qui doit quitter le port espagnol à 22h, atteindra Saint-Nazaire mercredi après-midi, puis n’en bougera plus. La liaison maritime, la première à proposer aux camions une alternative à la route entre la France et l’Espagne, suspend en effet son activité commerciale. «Le temps pour notre compagnie d’examiner les conditions de reprise du service», indique l’armateur LD Lines sur son site Internet.

Un succès... pas rentable

La ligne, qui propose trois allers-retours par semaine, n’a en fait pas trouvé sa rentabilité et vit depuis quatre ans sous perfusion des subventions publiques. Les Etats français et espagnols ont ainsi injecté 15 millions d’euros chacun, l’Union européenne 4 millions, pour soutenir le démarrage. La fin imminente et programmée de ces aides ne permettra plus à l’armateur d’équilibrer ses comptes. «Pour être aussi compétitifs que la route, nous devons pratiquer des tarifs attractifs qui ne suffisent pas à payer le navire», expliquait il y a quelques mois Christophe Santoni, directeur de LD Lines.

Le paradoxe de cette situation est que l’activité connaît pourtant un franc succès depuis deux ans: taux de remplissage de 75%, près de 20.000 camions et près de 38.000 voitures transportés par an. Quelque 50.000 passagers ont aussi embarqué l’an dernier, dont de nombreux touristes. 

« Incompréhensible et inacceptable »

Voilà pourquoi la région Pays de la Loire n’entend «pas baisser les bras» et appelle le gouvernement français à «prendre ses responsabilités». «Il serait incompréhensible et inacceptable qu’on laisse tomber ce projet au moment où il est en train de réussir. Il faut lui donner du temps pour trouver son modèle. Son caractère innovant, son exemplarité écologique, s’inscrit tout à fait dans la logique de transition énergétique défendue par Ségolène Royal [Ministre du développement durable]», insiste Christophe Clergeau, vice-président PS du conseil régional.

Selon un proche du dossier, les «discussions se poursuivent» entre LD Lines et les Etats dans l'espoir de trouver une solution «même au-delà du 17 septembre».

Bientôt Montoir-Vigo?

Malgré les difficultés de la ligne Montoir-Gijon, une autre autoroute de la mer franco-espagnole pourrait être lancée d’ici la fin d’année entre Montoir et Vigo (Galice). Un cargo-ferry exploité par l'armateur Suardiaz effectue déjà depuis plusieurs années des allers-retours avec des pièces et voitures neuves du groupe PSA. L'officialisation du projet n'attend que le feu vert financier de la France, de l'Espagne et de l'Europe.