Le grand squat de Baco évacué

Frédéric Brenon

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Les sans-papiers ont exprimé leur colère suite après avoir été expulsés.
Les sans-papiers ont exprimé leur colère suite après avoir été expulsés. — F. Elsner/20 Minutes

Il était depuis un an et demi le plus gros squat de Nantes. Le « Radisson noir », surnommé ainsi en référence à l'hôtel de luxe Radisson Blu qui a ouvert ses portes au même moment, a été évacué par les forces de l'ordre ce mardi matin quartier Baco. Ce bâtiment désaffecté appartenant au ministère de la Justice était occupé par plus d'une centaine de sans-papiers venus principalement d'Afrique de l'Ouest, de l'Est et du Nord.

« Les policiers sont arrivés vers 7 h, raconte Oumar, 16 ans, originaire de Côte d'Ivoire. On a tenté de les empêcher d'entrer mais ils ont défoncé la porte. Ça a été violent, ça criait. Ils nous ont tiré par les bras, les jambes. Plusieurs se sont pris des coups de matraque. Et maintenant on est à la rue, sans solution. Quand on appelle le 115, ils ne peuvent rien pour nous.» «Ce squat, c'était la galère, mais c'était notre seul espoir. On était à l'abri. Il y avait de l'eau, de l'électricité. On pouvait se préparer à manger. On nous donnait des tickets pour se laver aux Bains-douches. On ne dérangeait personne », se désespère Babatoundé, 32 ans, originaire du Togo.

Conditions «préocupantes»


L'expulsion, autorisée par la justice depuis août, s'est « avérée nécessaire en raison des conditions d'hygiène et de sécurité préoccupantes», justifie la préfecture. «L'impact de cette situation sur les riverains a également été pris en compte», ajoute-elle. Après une dizaine d'entretiens avec des travailleurs sociaux, «plusieurs propositions d'hébergements ont pu être formulées, dont une a été acceptée», précise-t-elle encore. «La plupart de ces gens se retrouvent dans la même situation qu'avant l'occupation. Les seules solutions proposées sont une ou deux nuits d'hôtels. Et on leur rappelle qu'ils ont vocation à quitter le territoire », dénonce Laurence Ortega, du collectif nantais Un toit pour toutes et tous. « On est venu en France pour trouver de la sécurité. On ne l'a pas choisie par hasard : c'est le pays des droits de l'homme. Mais on a l'impression qu'elle ne veut pas de nous», se désole Adel, un Tunisien de 32 ans.

■ Refuge

Une cinquantaine de migrants expulsés le matin se sont installés en début de soirée au sein de l'église Saint-Nicolas, près de la place Royale. Quelques matelas ont été acheminés pour la nuit.