"On n’arrive pas à lire les sous-titres, ça part trop vite"

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"Au départ, aucune ne savait où était le théâtre. Quand elles sont arrivées devant, l’une d’entre elles s’est exclamée. Elle avait toujours cru que c’était une église !". L’anecdote est rapportée par Karima Hashemi, chargée des "cours d’alphabétisation et de culture française" au centre socioculturel (CSC) de Bellevue. Une vingtaine de ses élèves, des mères de famille maghrébines, assistaient cet après-midi à la répétition générale des "Noces de Figaro", au théâtre Graslin.

La rencontre de ces deux mondes s’est faite à l’initiative de Angers Nantes Opéra, qui depuis deux ans multiplie les "passerelles". Au printemps dernier, des ateliers artistiques et des spectacles jeune public avaient ainsi été menés au CSC. "C’est comme si on était allés boire un verre chez des voisins. Maintenant, c’était à notre tour de les inviter", explique en souriant Dominique Prime, sous-directeur de Angers Nantes Opéra.

Pour les responsables de l’opéra, il s’agit également de "ne pas vieillir avec notre public". "Il faut le renouveler, en étant le plus fidèle possible à la population de la région », poursuit Dominique Prime. "Cela passe par des stratagèmes, qui plaisent plus ou moins à nos habitués." "A l’origine, l’opéra était un art populaire », rappelle de son côté Camille Petitet, chargée de l’action culturelle à Angers Nantes Opéra. "Ce n’est qu’au 19e siècle que les bourgeois se le sont accaparé."

Avant de s’installer dans les fauteuils cossus du théâtre Graslin, magnifique édifice du 18e siècle, les femmes de Bellevue avaient quand même eu droit à une première "présentation" des "Noces de Figaro". Il y a une semaine, des photos de Beaumarchais et de Mozart, le DVD du film Amadeus et une représentation filmée des Noces leur avaient été présentés au centre socioculturel. "Ce n’était même pas le B.A.BA qu’on peut faire aux collégiens, on partait vraiment de zéro", se rappelle Jacquotte Ribière-Raverlat, prof de musique à la retraite et animatrice au centre culturel franco-italien chargée de ce "coaching".

Au final, l’opération s’est avérée "positive", selon elle. Les paroles, en italien, étaient il est vrai sous-titrées en français au-dessus de la scène. "On n’arrive pas à les lire, ça part trop vite", relève toutefois Fatiha, l’une des participantes, lors de l’entracte. Cette mère de famille est venue avec Fatima, sa fille de 18 ans. "Moi, j’ai trouvé ça bien. Je l’avais déjà vu en classe, quand j’étais en CM2. A l’époque, je n’avais pas compris. Maintenant, si."

Guillaume Frouin