Jean Breteau et Nicolas de la Casinière: «La rumeur est au service d'un préjugé»

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Jean Breteau et Nicolas de la Casinière, historien et journaliste, auteurs de Rumeurs nantaises d'hier et aujourd'hui (éd. Des Dessins et des Mots).

En écrivant un tel livre, ne craignez-vous pas, justement, de conforter les rumeurs que vous rapportez ?

Nicolas de la Casinière : Il se peut que ces histoires soient prises au premier degré. C'est le risque inhérent à l'écrit : on grave dans le marbre ce qui est dit, mais on n'est pas maîtres de l'interprétation qui en sera faite.

Jean Breteau : Nous ne sommes pas là pour démonter les rumeurs, seulement pour les rapporter avec distance. On a préféré en rire.

Y a-t-il des constantes dans ces rumeurs ?

N. de la C. : Une rumeur prend forme quand elle correspond à ce que les gens ont envie d'entendre. Elle est au service d'un préjugé, en donnant un écho favorable à ce que les gens pensaient avant.

J. B. : La rumeur prend corps aussi quand elle correspond à ce que les gens ont envie de dire. Car celui qui rapporte une rumeur a un rôle très flatteur : il a le statut d'initié, celui qui détient une information stratégique avant les autres.

Comment avez-vous opéré votre sélection ?

J. B. : Nous avons vérifié que l'information avait le statut de rumeur et non de simple fait divers. Dans chacune, il y a un élément improbable ou anachronique.

Recueilli par Guillaume Frouin

Dans la préface, Nicolas de la Casinière évoque la rumeur dont il a été victime en 1991. Le journaliste avait été accusé d'avoir poussé au suicide Yves Laurent, maire (PS) de Saint-Sébastien, par vengeance.