Derniers « regrets d'opérette » avant le départ des jurésPrison à vie pour Tony Meilhon

Guillaume Frouin

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Chassez le naturel, il revient au galop : après l'énoncé du verdict, Tony Meilhon a lancé un « merci » ironique aux jurés. Juste avant qu'ils ne partent délibérer, l'accusé avait pourtant fait acte de contrition. « À aucun moment, je n'ai souhaité lui faire du mal », avait-il sangloté. « Je regrette sincèrement ce qui s'est passé... Je suis rongé par le remords : j'ai peut-être un cœur de pierre, mais je ne suis pas insensible. Le mieux, pour moi, c'est encore de faire un courrier aux familles des victimes... » Des propos qui ont laissé de marbre l'avocate générale, qui avait déjà pointé les « regrets d'opérette » de l'accusé tout au long de son procès.

Une mesure rarissime


Les jurés, à vrai dire, ne l'ont pas épargné : la « rétention de sûreté » prévoit le maintien en établissement psychiatrique fermé des criminels jugés « dangereux »... même après la fin de leur peine. Avant son élection à l'Elysée, François Hollande avait d'ailleurs promis d'abroger cette mesure décriée – prise en 2008 sous Nicolas Sarkozy – qui n'a concerné jusqu'alors qu'un seul détenu en France. G.F.

C'est le maximum prévu par la loi. Sans surprise, la cour d'assises de Loire-Atlantique a condamné mercredi Tony Meilhon à la réclusion criminelle à perpétuité – assortie d'une peine de sûreté de vingt-deux ans puis d'un possible placement en rétention de sûreté – pour avoir enlevé et tué Laëtitia Perrais en janvier 2011 près de Pornic. Son avocat Fathi Benbrahim a d'ores et déjà annoncé qu'il allait « discuter » avec son client de la possibilité de faire appel de cette décision « sévère », mais conforme aux réquisitions de l'avocate générale.

« Prédateur sans scrupules »


Un peu plus tôt dans la journée, celle-ci avait en effet démonté la thèse de l'accusé – qui dit avoir heurté involontairement le scooter de l'adolescente de 19 ans, de l'avoir enlevée «dans la panique» puis l'avoir poignardée de quarante-quatre coups de couteau « pour faire croire à un crime». Un enlèvement donc «par inadvertance », avait froidement ironisé l'avocate générale, suivi d'un meurtre «par erreur » et d'un démembrement fait par un complice « fantomatique». En réalité, Tony Meilhon était, le jour du drame, en chasse d'une «conquête» féminine. Ce délinquant multirécidiviste de 33 ans aurait donc tué Laëtitia – sur qui il avait jeté son dévolu – pensant qu'elle allait porter plainte après lui avoir imposé une relation sexuelle... « C'est un prédateur dépourvu de scrupules, qui devra accomplir un long chemin pour redevenir un homme digne de ce nom », assène Florence Lecoq. L'avocat de Tony Meilhon a , lui, tenté de défendre l'indéfendable, en essayant de convaincre les jurés de la vraisemblance de son récit… Même s'il a avoué, lui-même, ne pas croire en l'existence de son «complice».

■ Un « psychopathe » à l'enfance défavorisée

L'avocat de Tony Meilhon avait préférer axer sa défense sur l'enfance de son client, entre « une mère violée à l'âge de 15 ans » et « un beau-père violent et obscène ». Fathi Benbrahim a également pointé « l'échec patent » des foyers où il a été placé, ou les « défaillances » de l'institution pénitentiaire dans son suivi socio-judiciaire. « M. Meilhon est devenu un psychopathe à cause de tout cela, ce n'est pas un inadapté social par choix », a-t-il martelé.