Un « projet expérimental » pour tenter de limiter la casseLa Brière asphyxiée par la jussie

Guillaume Frouin

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Prises seules, elles seraient inefficaces. Depuis peu, plusieurs méthodes de lutte contre la jussie sont donc combinées en Brière pour contenir son développement. Envoi d'eau « saumâtre» dans les canaux, mise en place de barrages filtrants ou encore formation des éleveurs sont ainsi mis en place dans le cadre de ce « projet expérimental», mené à Saint-Malo-de-Guersac, Crossac, Montoir-de-Bretagne et Donges. Mais pas seulement. «On incite les éleveurs à mettre des clôtures et des abreuvoirs, pour que leurs bêtes ne propagent pas de jussie sous leurs sabots», explique-t-on à la Chambre d'agriculture de Loire-Atlantique.

Déjà d'autres envahisseurs


Celle-ci mène aussi des opérations de lutte contre les ragondins, qui propagent eux aussi les boutures. «Si ces méthodes sont efficaces, on les fera remonter au ministère, voire au Parlement», indique une technicienne de la Chambre d'agriculture. Il y a urgence : d'autres plantes invasives, comme le myriophylle du Brésil, pointent déjà le bout de leur nez. G.F.

A l'origine, c'était une plante ornementale, vendue dans les jardineries pour décorer les bassins et mares de particuliers. Importée d'Amazonie il y a une quinzaine d'années, la jussie colonise aujourd'hui les canaux et prairies sauvages de Brière. Cette espèce invasive – qui se développe au détriment des autres – a ainsi vu sa surface tripler depuis 2010. Elle met en péril, du même coup, l'existence des éleveurs briérons qui y font paître leurs bêtes.

Perte d'aides publiques


«Il y a trois ans, on en voyait en petites quantités, mais on n'y prêtait pas attention», admet Jordan Veylon, 22 ans, installé à Trignac. «Là, des zones entières sont recouvertes… A certains endroits, cela forme même un tapis sur l'eau… C'est dangereux pour nos animaux : l'an passé, une jument est restée enlisée pendant deux jours.» L'invasion de jussie a aussi des conséquences directes pour leurs exploitations. «On a une perte de surface agricole utile, mais qui n'est pas due à l'urbanisation», relève Jean-Paul Juin, 52 ans, qui a été l'un des premiers à tirer la sonnette d'alarme. « Pourtant, les conséquences sont les mêmes : on perd du fourrage, mais aussi des aides publiques !» Celui-ci réclame donc un «pacte local», entre les différents usagers des marais briérons, pour contenir la plante. Car la « menace» concerne aussi les riverains : la quantité phénoménale de jussie qui devrait être évacuée des marais réduit aussi leur capacité d'absorption en eau. «Si demain il devait y avoir une inondation, leurs maisons seraient certainement touchées, pense un éleveur. C'est comme dans une baignoire, quand vous laissez des cheveux dans le siphon…»

■ Une gestion des eaux à repenser

Les prairies de Brière ont tout pour plaire à la jussie : il n'y a pas de limites physiques à sa propagation, elle n'est pas concurrencée dans l'accès à la lumière, et l'humidité y est abondante. « Elle est arrivée de façon sournoise, mais depuis trois ans, sa croissance est exponentielle », observe Jean-Paul Juin. Celui-ci appelle à repenser la gestion des eaux au printemps : les marais inondés tard dans la saison sont ceux qui présentent le plus de risques de colonisation.