Ramer contre le cancer

Guillaume Frouin

— 

Les Pink Ladies rament au son du tambour, comme le veut la tradition.
Les Pink Ladies rament au son du tambour, comme le veut la tradition. — NACK

Il y a quelques jours, le Nantes Atlantique Canoë Kayak (NACK) a reçu des « Pagaies d'Or » de la part de sa fédération française. La raison ? Ses Pink Dragon Ladies, une section de vingt-cinq femmes qui rament tous les samedis après-midi sur l'Erdre pour « se reconstruire moralement et physiquement » après un cancer du sein. Toutes pagayent à bord d'un « dragon boat » — une embarcation ancestrale chinoise ornée d'une tête et d'une queue de dragon à l'avant et à l'arrière — au son du tambour. Cette pratique sportive est en effet compatible avec leur opération, et limite le risque de récidive. « Cela contribue très fortement à leur bien-être : elles retrouvent confiance dans leur corps, rament pour autre chose que la maladie et se font plaisir », souligne-t-on au NACK.

Toutes dans le même bateau


Le profil des Pink Ladies, âgées de 38 à 64 ans, est très divers : on y trouve aussi bien des infirmières, des retraitées que des travailleuses sociales. Certaines sont encore sous traitement, d'autres non. Mais toutes ont le sentiment d'être dans le même bateau, de traverser la même épreuve. « Le fait de ramer ensemble, c'est essentiel », juge ainsi Emmanuelle Chérubin, l'une d'entre elles, opérée du sein droit en novembre 2010. Toutefois, l'ambiance n'est pas à la sinistrose sur leur galère chinoise. « On ne parle pas tout le temps de la maladie », sourit cette Nantaise de 49 ans. « Quand on ressort, on ressent même un sentiment de bien-être, car on a souvent bien ri… Le dragon boat nous permet de montrer qu'il y a une vie après le cancer du sein : on peut en sortir, et faire des choses chouettes après. » La Vogalonga en fait partie : les « Pink Ladies » nantaises ont participé l'an dernier dans la lagune de Venise à ce rassemblement de 1 800 embarcations à rames, au milieu d'avirons, pirogues et inévitables gondoles. Un souvenir inoubliable pour la plupart d'entre elles.

■ Le lymphœdème, un mot qui fait peur

De nombreuses femmes atteintes par un cancer du sein renoncent à reprendre le sport par fatigue ou dépression, mais aussi par crainte du lymphœdème, un gonflement des bras qui peut faire suite à l'opération. Mais un cancérologue canadien a établi en 1996 que les pratiquantes de « dragon boat » ne développaient pas plus de lymphœdèmes que les autres… Il existe ainsi 150 bateaux conduits par d'anciennes malades dans le monde.