Briant, buteur du dimanche

David Phelippeau

— 

Vincent Briant a joué une quinzaine de matchs avec Nantes, notamment en septembre 2006 contre l'OM.
Vincent Briant a joué une quinzaine de matchs avec Nantes, notamment en septembre 2006 contre l'OM. — P. Perusseau / Icon Spo

Ces derniers jours, il a reçu davantage de coups de fil qu'à l'accoutumée. Et pour cause : la chaîne de télévision L'Equipe 21 rediffuse la série « L'académie du foot » d'Arte, datant de 2006. Vincent Briant en est un des acteurs principaux. Le documentaire, tourné à la Jonelière pendant près d'un an, raconte la vie au quotidien de quatre joueurs du centre de formation qui aspirent à devenir pros. A l'issue de la saison, le seul à signer son premier contrat pro, c'est Vincent Briant. Il a à peine 20 ans. On le voit rougissant et peu disert, apposant sa signature sur une feuille, sous le regard bienveillant de Rudi Roussillon, président du FCN de l'époque.

Sept années ont passé. Briant a donc 27 ans. Il n'a jamais réussi à s'imposer au plus haut niveau [une trentaine de matchs en L1 et L2]. «Peut-être le manque de chance», lance-t-il. Plus sûrement, «je n'ai pas fait les arrêts qu'il fallait aux bons moments». Briant, c'était M. Doublure. Barthez puis Heurtebis à Nantes, Régnault puis Costil à Sedan. Tous le relèguent sur le banc. A l'été 2011, le Breton pointe à Pôle emploi, refuse des propositions «pas toujours sérieuses» de clubs de CFA et envisage un moment de rebondir au Vietnam. «Au bout de six mois, je me suis qu'il fallait reprendre ma vie en main. J'ai dit stop. J'étais père de famille. Six mois, c'est long quand vous ne faites rien...»

Meilleur buteur en district !


Dans une impasse, Briant prend une licence au FC Odet (fusion de Bénodet et Gouesnach), première division de district. Il remise ses gants dans le sac et enfile le maillot de numéro 9. «J'ai inscrit 27 buts en une saison et on est montés en Promotion d'Honneur.» Il s'accommode parfaitement du monde amateur. Au point d'oublier son ambition de retrouver un club pro. Il rachète l'entreprise Monsieur store à Quimper et en devient le patron. «De temps en temps, je fais des pauses, quand il y a besoin. J'ai toujours été manuel…» Récemment, il a racheté une ferme. «Je la retape moi-même pour faire des gîtes et ma femme s'occupe d'un élevage de chiens et de chats.»

Très occupé, Vincent a même délaissé le foot cette saison. Ça ne l'a pas empêché d'inscrire une dizaine de buts et de fêter la montée en DHR, dimanche. «Avec les gens que j'aime», répète-t-il à l'envi. «Je suis content de ma vie», condense-t-il. Tous les soirs, il profite de ses trois filles. Tous les dimanches, il partage un casse-croûte et une bière avec ses potes. «Le monde pro, c'est fini. Je regrette de ne plus être pro, ça serait mentir de dire l'inverse, mais je ne regrette pas le monde pro.» Ce milieu aseptisé – «en conférence de presse dès qu'on dit quelque chose de travers, il y a des conséquences». Ce milieu aux discours à géométrie variable – «celui du président, du coach et du directeur sportif» . «En amateur, on a la liberté de dire ce qu'on veut quand on en a envie.» L'ex-Canari a retrouvé sa liberté en quelque sorte.