Les femmes de Bellevue taille patron

Guillaume Frouin

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L'atelier-boutique des " Femmes en Fil " s'est installé dans l'ancien commissariat du quartier.
L'atelier-boutique des " Femmes en Fil " s'est installé dans l'ancien commissariat du quartier. — F. elsner / 20 Minutes

Depuis peu, l'ancien commissariat de Bellevue revit. « Des Femmes en Fil » a installé son atelier de confection sur ce plateau de 110 m2, fermé depuis des années. Sa particularité ? L'association emploie des mères de famille, au chômage depuis plus de deux ans, qu'elles soient françaises, iraniennes ou turques. Toutes bénéficient de contrats aidés, assortis d'un « accompagnement social » (financement du permis de conduire, cours d'alphabétisation…). Elles fabriquent les collections de jeunes créateurs nantais, mais aussi les habits de travail de professionnels de la restauration. Les habitants de Bellevue peuvent également leur confier leurs vêtements, pour des retouches. « Nous voulons impulser l'exemplarité économique, montrer aux habitants des quartiers que tout est possible », insiste Farida Abid, à l'origine du projet lancé en 2009 avec sa sœur Yasmina.

« Impulser de la féminité »


Récompensées d'un prix « Talents des Cités » en 2008, les deux femmes – qui ont grandi dans les quartiers nord de Nantes – veulent aussi « impulser de la féminité » sur la place Mendès-France, désertée par les femmes depuis des années. La faute à « la montée des intégrismes » et l'aigreur d'une partie des hommes du quartier, frappés par le chômage. Car les femmes de Bellevue, elles, « réussissent ».

« Actuellement, les nanas rasent les murs », déplore ainsi la cadette des sœurs Abid, qui entend «redonner du sens et de la vie » aux places du quartier dans le cadre du « projet global » porté par la ville. « Elles descendent juste faire leurs courses au supermarché et elles repartent aussitôt », confirme Kamel, 36 ans, le patron du Churchill, un café de la place Mendès-France fréquenté quasiment exclusivement par des hommes. Mannequin pour « Des Femmes en fil » à l'occasion, le patron de bar espère que « les choses vont changer » avec l'arrivée de l'atelier de confection. « Ça va ramener du respect », est-il convaincu.