Le magistrat s'en va, le philanthrope reste

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Pendant quatre ans, il a vu défiler devant lui les crimes les plus sordides de Loire-Atlantique. Pourtant, c'est « à contrecoeur » que Jean-Charles Maout quitte la présidence de la cour d'assises. Atteint par la limite d'âge (68 ans), le magistrat part à la retraite « en pleine forme ». Citant saint Augustin (« Celui qui aime ce qu'il fait ne travaille pas »), il estime en effet « n'avoir jamais travaillé ».

Jean-Charles Maout part donc « ni usé, ni désabusé ». Certaines affaires ont pourtant été « difficiles à mener ». Comme celle du vigile d'Auchan, défiguré par un cocktail Molotov en mars 2002 lors d'une « expédition punitive » menée par huit jeunes. Ou encore celle du « violeur du vignoble », qui avait enlevé entre 1993 et 1999 trois fillettes la nuit chez leurs parents, avant d'abuser d'elles. « Je n'ai jamais désespéré de l'Homme, assure le magistrat. Il y a toujours une parcelle d'humanité dans le pire des criminels. » Jean-Charles Maout dit même ainsi avoir de la « compassion » pour chaque accusé. Citant cette fois-ci un « adage breton oublié », il estime que « Qui n'est que juste est injuste ». Autrement dit, appliquer la loi sans tenir compte du contexte relève pour lui de la faute professionnelle.

En cela, l'homme reconnaît avoir été « préservé » par son enfance, passée dans la minuscule île de Molène, au large du Finistère. Eduqué « dans l'amour du bonheur » et dans un « milieu à principes », le « petit îlien en sabots » regardait avec amusement « tous ces continentaux qui s'agitaient ». Plus tard, ce « détachement » lui sera utile. Tout au long de sa carrière, il a écumé, à presque tous les postes, les différentes juridictions de l'Ouest. « Un soir, en rentrant de Laval, j'ai commencé à compter les condamnations que j'avais prononcées. Il y en avait plus de 12 000. J'ai alors été pris de tremblements : il était évident que je m'étais trompé, un jour ou l'autre. Puis le calme est revenu. J'ai réalisé que j'avais tout fait pour ne pas me tromper. »

Guillaume Frouin

Marie-Pierre Josso, greffière de la cour d'assises « Le président a marqué de sa personnalité les assises de Loire-Atlantique. Dans l'affaire Scream par exemple [un lycéen de Saint-Sébastien avait poignardé une camarade en juin 2002], il avait fait preuve de grandes qualités d'écoute. » Cécile de Oliveira, avocate « M. Maout est d'une grande humanité et d'une grande culture. Il y a, chez lui, une vraie écoute des gens qui sont dans une situation sociale difficile. C'est vraiment quelqu'un de chouette. »