Une Planète sauvage et frileuse

Antoine Gazeau

— 

Les girafes du parc devraient prolonger leur hibernation au chaud encore quelques jours.
Les girafes du parc devraient prolonger leur hibernation au chaud encore quelques jours. — F. Elsner/20 Minutes

C'est la rentrée. Planète sauvage, à Port-Saint-Père, rouvre ses portes ce samedi. « Les animaux vont faire les fous », anticipe leur vétérinaire Delphine Fejan. Sauf qu'il fait froid. Trop froid pour les quatre girafes du parc, par exemple : sauf improbable rayon de soleil, elles resteront à l'abri. Car, au-dessous de 12°C, elles tremblent comme des feuilles…

Ainsi va la vie, même sauvage : la satisfaction des visiteurs compte, la santé des animaux prime. « On applique des standards à chaque espèce », continue la spécialiste. Face à l'hiver ingrat, toutes ne sont pas égales. Si les ours, les oiseaux et les loups ne soufrent pas du froid, les primates ont besoin d'une température maintenue à 18°C et les guépards de lampes chauffantes hors période estivale…

Des bactéries liées au stress


Cinq ans que Delphine Fejan est en poste : « Cet hiver a été très humide. Dans ce cas, les températures ressenties sont encore plus basses. » Le grand défi est alors de fournir aux animaux l'atmosphère la plus sèche possible. En abri, c'est possible : le chauffage est soufflant chez les éléphants, girafes, fauves et rhinocéros ; il est radiant chez leurs congénères. Le risque, à défaut ? Que les springboks souffrent d'infections entre les doigts… Que les fauves endurent des engelures aux coussinets – leurs sols sont isolés en bois. Ou pis, que d'autres animaux développent une entérotoxémie : cette maladie liée au stress occasionne la prolifération de bactéries dans le tube digestif, avec sécrétion de toxines. Des vaccins existent, mais sont distribués au compte-gouttes : priorités aux groupes les plus petits et les plus rares…

Les conditions climatiques peuvent aussi stresser les bêtes indirectement : la promiscuité des abris et la compétition alimentaire n'ont rien de tranquillisant pour les plus faibles. Dans les loges, les animaux sont regroupés par espèces : « Les rapports de force sont intensifiés, alors si on les mêle à d'autres… » A Port-Saint-Père, on n'est pas des sauvages !