«Si ça ne marche pas, ils ne peuvent accuser personne»

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Il est 14 h, ça « groove » en cuisine : des jeunes du « groupe de base » qui, deux semaines durant, sont chargés de la gestion de l'établissement, font le ménage en musique, après le repas à 2,30 euros qu'ils ont préparé et servi. Plus loin, dans « le couloir de la mort », les fumeurs font une pause. A la bibliothèque, on finit le journal du lycée qui sort demain. Pendant que s'active le « groupe gestionnaire », les autres élèves suivent leurs ateliers et cours. Dans deux semaines, une autre équipe prendra le relais. « En ayant des responsabilités et en travaillant en groupe, les jeunes sont face à eux-mêmes, comme devant un miroir. Si ça ne marche pas, ils ne peuvent pas accuser le système, leurs parents ou les profs. Ici, on ne peut pas se planquer, passer le temps sans se faire remarquer », note Joël Quélard, professeur depuis vingt et un ans au lycée expérimental. Aussi souple soit-il, le système refuse les tire-au-flanc qui rompraient le contrat de confiance... Ils peuvent alors passer leur chemin.

« Ici, on apprend l'autonomie, la sociabilité ; ça donne confiance », raconte Sandra, 15 ans, qui fait sa première rentrée au lycée expérimental, en seconde ES. « Personne ne nous juge et on peut tout se dire, même si parfois c'est dur à entendre », renchérit Louise, 17 ans, en terminale L. La jeune fille rêve, plus tard, de créer un « éco-village » qui accueillerait les enfants pour les aider à trouver leur voie en les laissant évoluer à leur rythme. Sandra, elle, veut enseigner aux enfants handicapés. L'implication, c'est sans doute la plus belle matière que l'on enseigne dans ce lycée. « C'est formidable d'entendre des jeunes qui ont des rêves et envie, bac ou pas bac, de trouver leur place alors que personne n'aurait même parié qu'ils intégreraient un jour le lycée », lâche Joël Quélard, tout sourire.

Véronique Couzinou