Chantal Courtois : «C'est notre avenir qui est en jeu»

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Chantal Courtois, épouse de Georges Courtois, renvoyé demain aux assises.

Comment abordez-vous le nouveau procès de votre mari ?

Je suis tendue. Je dors mal. Je suis réveillée la nuit par des images de tribunal. Mais lui aussi doit être stressé, parce que c'est notre avenir qui est en jeu. La peine peut décider si on pourra faire un petit bout de route ensemble ou non.

Comment avez-vous rencontré Georges Courtois ?

J'avais 17 ans, il en avait 20. Nous nous sommes rencontrés au parc de Procé. J'ai vu ce beau mec, les cheveux longs, les bras tatoués. On a discuté, on s'est donné rendez-vous à la foire. Ça a commencé comme ça.

Depuis, votre mari a passé de nombreuses années en prison. Comment se déroule une vie de couple dans ces conditions ?

Nos contacts ont lieu dans les parloirs. Il faut d'abord se rendre à la prison, en train, puis en taxi, payer l'hôtel, le restaurant. Une fois au parloir, on a trois-quarts d'heure. Ce sont des moments très forts. On est main dans la main, je donne des nouvelles de la famille. C'est toujours trop court, il faut repartir. Le parloir, si on n'est pas solide, ça devient décourageant.

Et pour vos trois enfants ?

Georges est toujours présent dans la maison, même s'il n'y est pas physiquement. Quand les enfants étaient petits, j'attendais qu'il signe leurs carnets de note avant de les rendre aux instituteurs. Quand des décisions étaient à prendre, on le consultait. Georges ne voyait pas beaucoup les enfants, mais le peu de temps qu'il pouvait leur consacrer était très intense.

Votre mari était libre de 1997 à 2002. Comment s'est déroulée cette période de vie commune ?

A chaque fois qu'on se revoit, on se sent comme quand on était jeunes. Mais la prison brise les gens. Quand ils en sortent, ils n'ont plus de repères, ils ont perdu tous les réflexes de la vie quotidienne. C'est très difficile de se remettre sur les rails. La prison telle qu'elle est aujourd'hui ne devrait pas exister.

Qu'est-ce qui est le plus dur à vivre pour une épouse de détenu ?

On condamne quelqu'un à vingt ans, sans imaginer tout ce qu'on fait subir en même temps à sa famille. Les prisonniers sont trimballés de prison en prison, ce qui complique les visites. Pour l'institution judiciaire, on n'existe pas. Quand un homme est condamné, c'est comme si sa famille aussi était punie.

Avez-vous déjà pensé à refaire votre vie ?

Oui, j'ai essayé, au début, mais je n'y arrive pas. J'ai choisi de rester avec lui, tout en n'étant pas d'accord avec ce qu'il faisait de sa vie. Les difficultés, je les subis, mais les sentiments sont plus forts. Je ne vois pas ma vie sans lui.

Comment voyez-vous l'avenir?

J'aimerais bien trouver une petite maison à la campagne, loin de Nantes où Georges est trop connu. Mon rêve c'est qu'on passe l'hiver de nos vies au coin du feu. Comme deux petits vieux bien tranquilles.

Recueilli par Guillaume Lecaplain