René Martin, créateur de la Folle journée: «Prouver qu’on peut très bien écouter Radiohead et aimer Debussy»

FESTIVAL Le directeur artistique de la Folle journée répond aux questions de «20 Minutes»...

Propos recueillis par Frédéric Brenon
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Pendant le festival de la Folle journée à Nantes, le 2 février 2012.
Pendant le festival de la Folle journée à Nantes, le 2 février 2012. — SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA

Il est l’emblématique directeur artistique de la Folle journée de Nantes, qui débute ce mercredi pour cinq jours. René Martin évoque pour 20 Minutes la dimension prise par le festival de musique classique créé il y a 19 ans. En pensant fortement à l’avenir. Morceaux choisis.

Ce que retiendra l’Histoire. «La Folle journée a bouleversé toutes les idées préconçues sur la musique classique. On pensait qu’il n’y avait plus de public: il y en a en fait un beaucoup plus large qu’on ne l’imagine. Rendez-vous compte, on vend plus de places que Johnny Hallyday sur sa tournée! On disait que le disque classique n’intéressait plus personne: on en vend 25.000 en cinq jours. Pareil pour les livres. Qui l’aurait parié il y a vingt ans? En le désacralisant, la Folle journée aura formé des générations au classique. C’est ce que je cherchais: prouver qu’on peut très bien écouter Radiohead et aimer Stravinsky ou Debussy.»

Les raisons du succès. «Le secret, c’est une salle avec une belle acoustique, une qualité de silence, une communion avec le public et la notion de fête. Après, si le succès dure, c’est parce que je choisis méticuleusement les œuvres et que j’essaie de trouver les artistes qui vont les défendre avec un tel enthousiasme, un tel talent, que ça devient des moments de grâce, d’où les gens sortent bouleversés. Ça tient souvent à très peu de choses, c’est la magie de la musique live. C’est ça ma mission.»

L’Afrique après la Chine? «Pratiquement une fois par mois, une ville dans le monde me demande d’y faire une Folle journée. Je refuse car elle n’a pas de raison d’être partout, je ne veux pas de copier-coller. Si elle s’exporte aujourd’hui au Japon, à Bilbao, à Rio, à Varsovie, et bientôt à Montréal et Shenzhen (Chine), c’est parce qu’elle apporte quelque chose, elle y ouvre des portes à un nouveau public. A Tokyo la première année, 70% du public n’avait jamais mis les pieds à un concert de classique! L’Afrique m’attire beaucoup, mais je n’ai pas encore trouvé la clé.»

«On pourrait mettre tous les concerts sur Internet, multiplier le public par dix»

La 20e édition l’an prochain. «Ce sera un grand moment. Elle s’annonce décoiffante. Ce sera une Folle journée un peu bilan, mais aussi une ouverture, un nouveau palier pour aborder les années suivantes. J’ai toujours souhaité en faire une consacrée au 20e siècle, un siècle extraordinaire. Tout le monde est emballé. Le thème précis sera annoncé dimanche.»

L’évolution à dix ans. «La Folle journée est nantaise, elle restera à Nantes. J’aimerais que la cité des congrès s’agrandisse mais, avec les nouvelles technologies, on peut demain aller encore plus loin sans forcément bouger les murs. On pourrait par exemple mettre tous les concerts sur Internet. Quelqu’un qui habite en Allemagne pourrait acheter un billet et entrer dans n’importe quelle salle. Le public serait multiplié par dix. J’aime aussi beaucoup les concerts filmés. Regardez l’opéra, s’il trouve aujourd’hui son public, c’est grâce à la vidéo. On peut également imaginer faire deux week-ends au lieu d’un. Ça signifierait 100.000 billets de plus, mais ça pourrait marcher. » 

«J’adore U2, Arcade Fire, Angus Stone, Bruce Springsteen…»

Le risque d’essoufflement. «Se renouveler est un travail permanent et il n’y a pas d’usure personnelle. Tant que j’aurai cet enthousiasme, cette curiosité, la Folle journée existera. Ou alors on aura fait place à autre chose. Il y a sûrement des René Martin en herbe que j’influence.»

Ses goûts hors du classique. «Je me nourris des musiques actuelles. J’essaie de savoir ce que le public écoute pour mieux le toucher. J’adore Radiohead, U2, Godspeed you! Black emperor, Arcade Fire, Angus Stone… Si Bruce Springsteen passe quelque part et que je peux y aller, j’irai. J’adore le jazz français et nordique. J’aime bien aussi la musique électronique, certains clips de R’n’b… »