Les « tracteurs vigilants » de retour

G.F.
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Des habitants auraient dû donner 1 € pour franchir les barrages de la D 281.
Des habitants auraient dû donner 1 € pour franchir les barrages de la D 281. — F. Elsner / 20 Minutes

Leur courrier a été envoyé dimanche aux journalistes, par la préfecture. Des habitants anonymes de Notre-Dame-des-Landes – qui se disent pourtant opposés au projet d'aéroport – ont réclamé le 14 janvier au préfet de rétablir « l'ordre républicain » sur leur commune. Dans leur viseur, les nouveaux occupants de la « zone d'aménagement différé » (ZAD, d'où le néologisme « zadiste ») arrivés après la « manifestation de réoccupation » de novembre. « Les»Robin des bois«romantiques que nous avions accueillis avec plaisir ou indifférence il y a quelques mois ont été rejoints par des groupes dont le combat n'est pas le nôtre », écrivent ces habitants. « Vols dans les commerces » ou « dégradations à l'encontre de commerçants ayant refusé le»don solidaire«de denrées » leur auraient ainsi été rapportés. « Nous avons aussi à déplorer des moments de»quêtes«, qui sont en vérité des moments de racket », poursuivent les auteurs de la lettre.

« Certains sont plus virulents »


Du côté de la ZAD, on ne voit pas les choses de la même manière. « Il y a bien des demandes d'aide faites auprès des entreprises, mais elles sont libres de refuser », insiste un occupant, arrivé de Laval (Mayenne) il y a deux mois. Des « demandes » plus ou moins bien formulées, à en croire une commerçante : « Certains sont plus virulents que d'autres. » Des habitants se seraient aussi plaints, selon elle, de devoir « donner un euro » à chaque franchissement des chicanes installées sur la D 281, en fin d'année dernière. Comme à une barrière de péage Vinci, en quelque sorte. Des agissements à présent terminés, et qui sont tout au plus « des cas isolés », selon un militant de la ZAD.

« Les larcins ne sont pas forcément à mettre sur le dos des zadistes », abonde pour sa part Julien Durand, porte-parole des opposants historiques de l'Acipa. « Nous avons été amenés, dans certains cas de dégradations de cultures, à mener notre propre enquête... Il s'agissait en réalité de jeunes de la commune, qui avaient envie de se défouler. »

Depuis dimanche soir, des tracteurs encerclent la ferme de Bellevue, sur la zone du futur aéroport. La maison – propriété du conseil général – était vide depuis le déménagement samedi de son locataire, un agriculteur parti à la retraite. Sa démolition était donc imminente, malgré les travaux en cours de la « commission du dialogue ». « Au lieu-dit Saint-Jean-du- Tertre, une maison a été détruite le 9 janvier dans des circonstances similaires », explique Geneviève Lebouteux, conseillère régionale (EE-LV) des Pays de la Loire. « On avait été pris de court par la situation, mais on s'était promis de ne plus se faire avoir. »

Une immobilisation « militante »


Des tracteurs avaient ainsi déjà été immobilisés durant six semaines autour des cabanes de « La Châtaigneraie ». Un « vrai acte militant » pour les paysans concernés. « Pendant ce temps-là, on fait marcher l'entraide entre voisins ou on fait des locations mutualisées », explique Vincent Delabouglise, venu du Pellerin. « On restera le temps qu'il faudra : à la Châtaigneraie, on devait normalement rester trois jours. »

■ Les chasseurs de Vigneux sont aussi remontés

La préfecture a également relayé auprès de la presse un courrier de l'association des chasseurs de Vigneux-de-Bretagne, qui se plaint « des parasites pseudo anti-aéroport qui viennent polluer nos terres ». « Ils dégradent les pelouses, et font leurs besoins dans les miradors de chasse », écrit un de ses responsables, qui demande à ce que « l'ordre de la république soit rétabli avant des dérives irréversibles ».