« Les familles sont sous pression »

©2006 20 minutes

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Frédéric Cherki

membre du collectif Enfants étrangers-Citoyens solidaires.

Le collectif dont vous êtes l'un des porte-parole, appelle à une grande mobilisation, cet après-midi (18 h) devant la préfecture, pour soutenir les enfants sans papiers et leurs familles. Les esprits sont déjà tournés vers la rentrée scolaire...

Tout à fait. Et nous sommes très inquiets. Le nombre de refus d'accès à la régularisation défini par la circulaire Sarkozy du 13 juin ne cesse de s'accumuler. Beaucoup de familles de l'agglomération nantaise, déjà en difficulté, sont sous pression car le temps presse.

La préfecture s'est donné jusqu'à la fin du mois d'août pour instruire les demandes de régularisation...

Les choses vont donc s'accélérer d'ici au 31. La préfecture a reçu cet été plus de 230 dossiers. Trente-cinq familles ont été régularisées pour le moment, alors qu'une vingtaine ont reçu une réponse négative. On peut maintenant s'attendre à une pluie d'arrêtés de reconduite à la frontière. C'est ce que nous a clairement dit une fonctionnaire de la préfecture récemment.

Quel a été le rôle du collectif auprès des familles cet été ?

On est vigilant à leurs côtés et on les accompagne. Pour la constitution de leurs dossiers bien sûr, mais aussi physiquement, lors des rendez-vous qu'ils peuvent avoir à la préfecture.

Pourquoi ?

C'est un lieu traumatisant pour elles. Beaucoup ont la trouille d'y trouver la police et d'être envoyées au centre de rétention. Le directeur de cabinet du préfet a d'ailleurs été très clair : hormis les entretiens qui rentrent dans le cadre de la circulaire du 13 juin, il n'y a aucune garantie de protection dans les locaux de la préfecture...

Le réseau de surveillance, constitué début juillet après l'engouement populaire pour les cérémonies de parrainage, tient-il ses promesses ?

Oui et même au-delà de nos espérances. Il y a aujourd'hui plus d'un millier de personnes en contact actif avec les enfants. Y compris beaucoup d'élus qui s'étaient engagés à le faire et avec lesquels il y avait un peu de distance jusque-là. La solidarité va encore s'accentuer avec la rentrée. J'en suis convaincu.

Avec quelle issue selon vous ?

Personne n'est dupe, chaque famille va finir par être régularisée ! La mobilisation prend une telle ampleur qu'il n'y aura dorénavant pas d'autres possibilités. Sinon, pour chaque cas, il y aura des foyers de résistance.

Le collectif est sur le pied de guerre depuis plus de deux ans maintenant. N'est-ce pas usant parfois ?

C'est beaucoup de travail, notamment la nuit. Avec nos métiers en plus, on fait une croix sur les loisirs. Mais c'est un choix que nous faisons, on vit aussi quelque chose de fort avec le collectif. Moi, je le fais pour mes enfants. Je n'ai pas envie de leur laisser l'image d'un pays qui se referme sur lui-même.

Recueilli par Frédéric Brenon