Municipales 2020 à Bordeaux métropole : Le nouveau maire de Saint-Médard « n’acceptera pas une remise en cause complète du tram »

INTERVIEW Vainqueur surprise à Saint-Médard-en-Jalles dans la banlieue de Bordeaux, Stéphane Delpeyrat-Vincent (Génération. s) liste pour « 20 Minutes » les dossiers chauds qu’il entend défendre, comme le prolongement du tram ou la desserte de l’Aéroparc

Propos recueillis par Mickaël Bosredon

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Essai du tramway sur la ligne D, au Bouscat dans la banlieue de Bordeaux.
Essai du tramway sur la ligne D, au Bouscat dans la banlieue de Bordeaux. — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • Ancien membre du parti socialiste, ce proche de Benoit Hamon a créé la surprise dans la cinquième commune de Bordeaux métropole, en sortant le centriste Jacques Mangon.
  • Le nouveau maire de Bordeaux Pierre Hurmic a annoncé qu'il ne voulait pas du projet de prolongement du tramway jusqu'à Saint-Médard, mais Stéphane Delpeyrat entend se battre sur ce dossier.
  • Il va aussi défendre une meilleure desserte de la zone d'activité de l'Aéroparc, et le passage de la métropole en régie publique pour la gestion de l’eau.

Lorsqu’il s’est lancé dans la course aux municipales à Saint-Médard-en-Jalles, on lui promettait une défaite assurée. Une « raclée » même. Mais Stéphane Delpeyrat-Vincent se présente comme un « combattant politique » : « J’ai appris cela auprès d’Henri Emmanuelli », son mentor, qu’il a longtemps côtoyé durant ses années landaises, au cours desquelles il a été maire du village de Saint-Aubin (500 habitants).

Militant de gauche, il a épousé une écologiste il y a 11 ans, avant d’épouser la cause tout entière. Ex-président du groupe socialiste au conseil régional de Nouvelle Aquitaine, ce proche de Benoit Hamon avait quitté le parti socialiste en 2018, « au moment où ça tournait mal avec M.Valls », pour rejoindre le mouvement Génération.s. Devenu directeur de cabinet d’Andréa Kiss au Haillan, il s’est installé dans la ville voisine de Saint-Médard, où il a donc fini par renverser la tendance dans cette commune détenue par le centriste Jacques Mangon depuis 2014, à la faveur notamment d’une alliance avec le rassemblement citoyen conduit par Cécile Marenzoni.

Avec 52,46 %, il est ainsi devenu maire de la cinquième commune (30.000 habitants) de l’agglomération, et entend désormais peser sur les choix de la métropole, notamment sur la question de l’eau. « Dans les Landes, je me suis battu pour que plus une entreprise privée ne gère l’eau » prévient-il.

20 Minutes l’a interrogé au lendemain de son élection officielle à la mairie.

Le maire de Saint-Médard-en-Jalles, Stéphane Delpeyrat (©au33.fr)

Parmi les dossiers chauds qui vous attendent, figure en tête de liste celui du prolongement du tramway jusqu’à Saint-Médard. Le nouveau maire de Bordeaux, Pierre Hurmic, a clairement dit qu’il n’en voulait pas, évoquant un gaspillage d’argent. Vous, vous le défendez, même si vous présentez un projet différent de celui souhaité par votre prédécesseur. Que dites-vous sur ce dossier sensible ?

La desserte qui était prévue par Jacques Mangon, à savoir un terminus du tram dans le centre de Saint-Médard, me paraît excessive financièrement et peu opérationnelle, car cela créerait une pagaille monumentale dans Saint-Médard. Donc, nous voulons le prolonger mais moins loin que cela, jusqu’aux portes de la ville. Et je pense qu’il faut réfléchir autant à un prolongement de la ligne D depuis Eysines Cantinolle, qu’à un prolongement de la ligne A qui s’arrête aujourd’hui au Haillan. L’estimation actuelle du projet est de 100 millions d’euros, je pense que l’on peut économiser autour de 15 à 20 millions d’euros, et avec l’argent économisé nous proposons l’extension du projet de Bus à Haut niveau de service (BHNS) vers les quartiers ouest de la ville, et de mettre le paquet sur la desserte de la zone d’activité de l’Aéroparc.

Ce dossier du tram peut-il être un point dur entre vous et M.Hurmic ?

Oui. J’en parlerai avec M.Hurmic tranquillement. Je le connais, c’est un ami, il n’y a pas de problème, mais je pense qu’il doit revoir sa position, et en tout cas ne pas faire de déclarations aussi péremptoires sans qu’on ait eu une discussion préalable. Je veux bien discuter de modifications, mais je n’accepterai pas qu’il y ait une remise en cause complète du tram vers Saint-Médard. Il faudrait arrêter de considérer que le quadrant nord-ouest est trop loin pour bénéficier de transports en commun. Et on ne peut pas nous demander d’avoir les activités économiques, qui au passage financent en grande partie les transports de Bordeaux Métropole, et ensuite nous expliquer que nos projets sont trop coûteux.

Ce qui va se jouer maintenant, c’est l’élection du président de la métropole. Entre Pierre Hurmic qui veut arrêter avec la cogestion et le maire de Mérignac Alain Anziani qui veut continuer, comment vous situez-vous ?

En tant que membre de Génération. s, je suis à la fois écologiste et socialiste, donc je n’ai pas de raison de faire a priori un choix entre les deux. Ce que je vois, c’est qu’il y a eu un choix dans les principales villes de la métropole, pour une majorité écologiste et sociale, donc je trouve que le débat s’engage assez mal avec des déclarations péremptoires. Il serait utile que tous les délégués métropolitains de gauche écologistes se réunissent assez vite, et élaborent ensemble un projet pour la métropole, qui réponde au vote des municipales. Après, on verra bien qui est candidat, c’est relativement secondaire.

Mais selon vous, faut-il poursuivre avec le système de la cogestion ou pas ?

Le problème est plus compliqué que cogestion ou pas. Ce qui est important, c’est de respecter le choix des électeurs. Nous avons la responsabilité de construire un projet et une majorité, de gauche et écologiste, sans transiger sur certaines questions comme celle de la régie publique de l’eau. Mais il faut le faire sans sectarisme, c’est-à-dire qu’il ne faut pas maltraiter des collègues qui ont été élus légitimement, comme à Pessac, Talence ou Villenave d’Ornon (où des maires de la droite ou du centre ont été élus), car à la métropole nous sommes dans un système indirect, c’est-à-dire que la légitimité démocratique est issue du vote des municipales.

Je pense que beaucoup de maires peuvent se retrouver autour des valeurs que nous portons, toutefois si certains ne s’y retrouvent pas, qu’ils le trouvent trop écolo ou trop à gauche, à ce moment-là ils ne participeront pas à l’exécutif.

Y’a-t-il un front des maires du quadrant nord-ouest de la métropole qui est en train de se mettre en place, pour peser davantage sur les décisions de la métropole ?

Nous avons une proximité politique avec les maires du Haillan, d’Eysines, de Mérignac, donc c’est normal qu’il y ait une forme de rapprochement, et nous avons des préoccupations communes. Je pense que la métropole est trop centralisée, et qu’il y a une coopération plus décentralisée à mettre en place, peut-être par secteurs géographiques avec des problématiques assez différentes.

Il faut aussi sortir de l’esprit de clochers et des égoïsmes municipaux, c’est pourquoi je propose à mes collègues du quadrant nord-ouest, une réunion pour prendre à bras-le-corps le problème de la zone d’activité de l’Aéroparc et des liaisons vers l’aéroport. C’est là que se concentrent les emplois, et c’est là que se posent les difficultés de circulation, il faut donc que l’on trouve ensemble des solutions intelligentes pour décongestionner ce poumon économique.

(Crédit photo de Stéphane Delpeyrat-Vincent : au.33.fr)