Elections municipales à Marseille : Bientôt l’heure de vérité, on rembobine le fil (fou) de ce troisième tour

ELECTIONS Après 25 ans de règne de Jean-Claude Gaudin, tout va se jouer au troisième samedi, lors du premier conseil municipal

Caroline Delabroy

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Vue de Marseille
Vue de Marseille — P. Magnien/20 Minutes
  • Marseille est la seule ville de France à ne pas encore connaître son maire.
  • Arrivée en tête du second tour, la tête de liste du Printemps marseillais, Michèle Rubirola, a appellé Samia Ghali au rassemblement pour obtenir une majorité et être élue.
  • Mais après avoir exigé le poste de premier adjointe, une demande qualifiée de « chantage » par Rubirola, Ghali a revendiqué sa « liberté » de vote.

Mieux que le Baron Noir et House of Cards réunis, on vous propose… les municipales à Marseille. Jusqu’au bout, les nerfs des électeurs et observateurs auront été mis à rude épreuve tant l’issue du troisième tour, qui doit voir élire ce samedi le nouveau maire de Marseille, est incertaine.

Arrivée en tête avec plus de 13.000 voix d’avance, Michèle Rubirola, cheffe de file de l’union de la gauche, n’a pourtant pas la majorité absolue en nombre de sièges. Le moment n’est plus de refaire le débat sur la tambouille de la loi PLM héritée de Gaston Defferre, ni de commenter la fin de règne de Jean-Claude Gaudin, le Printemps marseillais doit rallier d’autres voix pour emporter la majorité absolue et espérer mettre fin à 25 ans de règne de la droite à Marseille.

A gauche, Samia Ghali reprend sa liberté

Restée silencieuse jusqu’alors, la sénatrice ex-PS Samia Ghali se sait incontournable avec ses huit voix. Elle a tenté le passage en force la veille du jour J. En annonçant très officiellement, via un communiqué adressé à l’AFP, qu’elle réclamait le fauteuil de première adjointe. Au nom des quartiers populaires du nord de la ville. Pour rappel, Samia Ghali a remporté ce secteur des 15e et 16e arrondissements de Marseille avec 5.025 voix, soit 386 voix d’écart avec le candidat du Printemps marseillais Jean-Marc Coppola.

« L’avenir de Marseille ne doit pas se jouer autour d’une revendication individuelle », a rétorqué quelques heures plus tard Michèle Rubirola. « Je ne serai l’otage d’aucun chantage, je réfute ces pratiques bien éloignées des enjeux et j’invite Samia Ghali à faire de même », poursuit-elle dans un communiqué en forme de fin de non-recevoir.

Samia Ghali s’est fâchée à minuit sur Twitter. « Ce refus incompréhensible traduit un mépris insupportable à l’égard des quartiers nord et populaires de notre ville. Je me sens désormais libre, avec l’ensemble de mes colistiers, de faire le meilleur choix pour défendre nos quartiers et répondre aux attentes légitimes de leurs habitants qui n’en peuvent plus d’être stigmatisés, oubliés et relégués ».

En attendant, comme dans toute bonne série, on un guest improbable : c’est… Alain Delon qui a apporté son soutien à Ghali ce vendredi dans un communiqué adressé à 20 Minutes : « Je sais qu’elle mettra toute son énergie au service de Marseille et des Marseillais qu’elle aime profondément », affirme l’acteur.

Alain Delon et Samia Ghali
Alain Delon et Samia Ghali - Cyril Viguier

A droite, une conférence de presse annulée et des démentis

Après deux rebondissements successifs la veille, – le désistement de Martine Vassal au profit du député LR et doyen du conseil municipal Guy Teissier, puis la candidature surprise de Lionel Royer-Perreaut, réélu maire LR des 9e-10e arrondissements – la droite s’est semble-t-il astreinte à une certaine discrétion ce vendredi, même si en coulisses les tractations se poursuivaient pour atteindre le cap des 51 voix. Bruno Gilles n’a pas clairement annoncé ses intentions. Sa voix compte, tout comme celles de ses deux colistiers, dont Lisette Narducci.

Lionel Royer-Perreaut, qui avait annoncé une conférence de presse dans la journée, l’a finalement annulée. Le motif ? « Je n’ai rien de plus à dire que ce que je dis depuis hier soir ». Dans une vidéo sur Facebook, il dénonçait jeudi des « ententes en cours avec le Front national ». De Martine Vassal à Guy Teissier, en passant par le président de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur Renaud Muselier ou le président du parti Christian Jacob, tous les dirigeants de LR ont vendredi démenti un tel rapprochement.

Au Rassemblement national, un dépôt de plainte

S’il a perdu les 13e et 14e arrondissements de Marseille, le Rassemblement National détient 9 voix au conseil municipal. Jeudi, après la candidature du droitier Guy Teissier, Stéphane Ravier (RN) a invité la droite à former un « pacte marseillais nécessaire pour que l’extrême gauche la plus sectaire ne s’abatte pas sur notre ville ».

A la veille du troisième tour, ses avocats ont toutefois déposé un recours devant le tribunal administratif pour contester l’élection municipale dans ce secteur… remporté par la droite. « La campagne des candidats de Martine Vassal a été émaillée de scandales sur l’utilisation des équipements publics (gymnase, boulodrome…) pour faire campagne, en toute illégalité », dénonce notamment Stéphane Ravier, qui reprend sa posture plus habituelle. Aux dernières nouvelles, il serait même candidat.

Bref, le troisième tour reste une équation à beaucoup d’inconnues. Rendez-vous ce samedi pour savoir quelle « fumée » sortira de l’hôtel de ville. Et pour les accros, sachez qu’il y a encore les élections à la métropole. Stay Tuned