Résultats des municipales à Nice : « Déroutant », « humain », Christian Estrosi tient sa droite mais « s’adoucit »

PORTRAIT La maire de la cinquième ville de France, dont le parcours détonne parmi les hommes politiques, a été élu pour la troisième fois

Fabien Binacchi

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Christian Estrosi, le 26 juin 2020 sur la promenade des Anglais
Christian Estrosi, le 26 juin 2020 sur la promenade des Anglais — Lionel Urman/SIPA
  • Christian Estrosi a été réélu maire de Nice avec près de 60 % des suffrages le 28 juin.
  • Alors que le conseil municipal validera son troisième mandat ce vendredi matin, « 20 Minutes » est allée à la rencontre de son entourage, opposition comprise, pour en savoir davantage sur le « Motodidacte », également député et trois fois ministre.

Deux mandats bouclés, un troisième qui s’annonce, Christian Estrosi, fils de Nice, s’est posé en « rassembleur » le soir de sa réélection. Vainqueur très confortable dimanche avec 3/5e des suffrages exprimés, il fait surtout désormais partie des derniers dinosaures de la politique municipale. Parmi les grandes villes de France, il est le seul avec Martine Aubry à Lille, à avoir réussi à s’accrocher à son mandat, pas même un peu chahuté  par la vague écolo qui a déferlé ailleurs sur le landerneau politique.

« Il n’a de toute façon pas attendu que la mode soit au vert pour s’y mettre. C’est un visionnaire », s’enthousiasme son épouse Laura Tenoudji-Estrosi. Sollicitée par 20 Minutes dans la perspective de ce portrait, la chroniqueuse explique « ne pas avoir du tout hésité » à répondre et prévient, dans un éclat de rire, qu’elle sera « très objective ». Son maire de mari est, dit-elle, « généreux, humain et compétitif ».

Christian Estrosi et sa femme Laura Tenoudji-Estrosi, le soir du second tour des élections municipales, le 28 juin 2020
Christian Estrosi et sa femme Laura Tenoudji-Estrosi, le soir du second tour des élections municipales, le 28 juin 2020 - Lionel Urman/SIPA

« Il aime la compétition dans le bon sens du terme, celui d’en faire toujours plus pour les Niçois. Parce qu’il a l’expérience des gens et du terrain qui lui vient sûrement de sa carrière de sportif de haut niveau et de son parcours » hors des grandes écoles de la politique. Le petit-fils d’immigrés italiens, né à Nice le 1er juillet 1955 dans une famille modeste, a d’abord été quatre fois champion de France de moto avant de s’intéresser à la chose publique.

« Il est parfois très déroutant », note un ancien opposant

Conseiller municipal de Jacques Médecin en 1983, benjamin de l’Assemblée nationale en 1988 et même ministre à trois reprises, Christian Estrosi est aujourd’hui encore pour beaucoup le « Motodidacte ». Et si ce surnom « l’a longtemps agacé », il porte « aujourd’hui un regard tendre dessus », confie encore sa femme, membre de l’équipe de Télématin, rencontrée en 2013 par le biais de William Leymergie.

Le parcours du maire de Nice détonne. Sa liberté, d’aucuns diraient sa flexibilité, aussi. Membre du RPR, de l’UMP, et aujourd’hui de LR, ce proche de Nicolas Sarkozy n’a « pas de colonne vertébrale idéologique », tranche le socialiste Patrick Allemand, dans son opposition de 2008 à cette année. « Il peut parfaitement crier un jour 'vive l’Algérie française' et se réclamer du Gaullisme le lendemain », soupire l’ancien conseiller municipal.

« Il est parfois très déroutant, poursuit-il. Il triangule pour s’adresser tantôt aux électeurs de gauche sur des thèmes profondément républicains, tantôt à ceux du Rassemblement national lorsqu’il promettait, par exemple, de bombarder des ports en Lybie pour empêcher les réfugiés de venir. »

Très à droite sur la sécurité, « adouci » sur d’autres thèmes

Toujours très porté sur la sécurité, sa police municipale, les très nombreuses caméras qui quadrillent la ville et des arrêtés parfois jugés liberticides, il a aussi remis dans le giron municipal (en régie) de nombreux services jusque-là délégués au privé.

Identifié comme « Macron-compatible » à un moment, certains le disent aussi de plus en plus proche de la gauche ou au moins du centre. « Il s’est adouci et c’était important pour moi, lâche Laura Tenoudji-Estrosi. Il fait partie d’une nouvelle droite modérée. Sur plein de sujets, il est très, très social. »

Patrick Allemand reconnaît d’ailleurs « le respect que Christian Estrosi tient pour ses opposants ». « Il sait écouter et entendre. Il ne rappellera pas forcément que l’idée ne vient pas lui mais il sait en emprunter aux autres si elles sont bonnes », dit-il. Avant de louer aussi « la ténacité et l’énergie » du maire de Nice, même si elles sont souvent « à son service, par ce que l’essentiel c’est lui », égratigne l’ex-élu.

L’attentat lui laisse « de profondes cicatrices »

Qu’importe, Christian Estrosi est un fonceur, avance Anthony Borré, son directeur de cabinet pendant douze ans à la mairie, et il « sait encaisser les coups ». Même si certains le marquent bien plus que d’autres. L’attentat du 14 juillet 2016 est de ceux-là.

C’est d’ailleurs après cette attaque, qui a fait 86 morts sur la promenade des Anglais, que l’élu décidait de laisser son poste de président de la région Paca à Renaud Muselier pour retrouver son fauteuil de maire de Nice, cédé pendant onze mois et deux jours à l’un des piliers de son entourage, Philippe Pradal. « L’attentat l’a profondément marqué et lui laisse de douloureuses cicatrices », note encore Anthony Borré, qui devrait devenir son premier adjoint ce vendredi, à la faveur d’un vote du conseil municipal.

Comme « pour relever Nice après cette tragédie » ou dernièrement pour gérer la crise du Covid-19, Christian Estrosi travaille « tôt le matin et jusque très tard le soir », décrit cet intime, dans l’ombre du maire pendant ses deux premiers mandats. « Il dort peu et il lui arrive de nous appeler à 1 h du matin pour partager une idée », assure-t-il encore.

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Bonne journée à tous .

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Agé de 65 ans, père de trois filles, dont Bianca, 3 ans, et toujours très sportif (il partage des clichés de ses footings matinaux sur les réseaux sociaux), Christian Estrosi pourrait-il tenir la cadence encore d’autres mandats ou aspirera-t-il à une retraite ? Pour Anthony Borré « qui le connaît au-delà du travail », la deuxième option n’en est pas une.