Nantes : Ecologie, sécurité, dialogue citoyen, communication… Les cinq défis que devra relever Johanna Rolland

POLITIQUE Fraîchement rééelue, la maire PS de Nantes lance son second mandat ce vendredi

Frédéric Brenon et Julie Urbach

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Johanna Rolland (au centre), le soir de sa réélection à la mairie de Nantes. A sa gauche, Bassem Asseh. A sa droite, Julie Laernoes.
Johanna Rolland (au centre), le soir de sa réélection à la mairie de Nantes. A sa gauche, Bassem Asseh. A sa droite, Julie Laernoes. — S.Salom-Gomis/Sipa
  • Johanna Rolland a été rééelue maire de Nantes avec une large avance sur ses adversaires.
  • Le nouveau conseil municipal de Nantes se réunit ce vendredi.
  • La maire socialiste aura à relever au moins cinq grands défis d'ici à 2026.

C’est ce vendredi que sera installé le nouveau conseil municipal de Nantes. Fraîchement réélue, Johanna Rolland y dévoilera les noms et attributions de ses nouveaux adjoints. Elle attaquera ensuite un second mandat de six années pendant lequel la maire socialiste aura à relever au moins cinq défis, dans un contexte de crise sanitaire et économique.

Aller plus loin sur l’écologie

Les électeurs ont exprimé une attente : Johanna Rolland devra aller plus fort, plus vite, sur la transition écologique. C’est aussi le sens de l’accord passé avec les Verts. Plus de 60 % des propositions initiales de la liste écologiste figurent dans le programme final de la maire socialiste. La première mesure, la baisse des tarifs des transports en commun, donne le ton. « Le projet écologique est très ambitieux. On va changer de braquet », est convaincu Aymeric Seassau (PC), adjoint au maire sortant, pressenti pour être reconduit ce vendredi.

Quitte à bousculer les habitudes et renoncer à des projets que Johanna Rolland et sa majorité défendaient il y a encore peu de temps (constructions de parkings souterrains, extension de la Cité des congrès). « Il faudra aller plus loin car si on ne le fait pas on rate le coche du réchauffement climatique. C’est maintenant que ça se joue », argumente Bassem Asseh (PS), ex-16e adjoint au maire et favori pour devenir le premier adjoint.

Obtenir des résultats sur la sécurité

Après un mandat marqué par une augmentation des actes de délinquance et des agressions, le thème de la sécurité était inévitablement au centre de la campagne électorale. La crise sanitaire l’a quelque peu mis sous cloche mais la problématique est loin d’être réglée. Et Johanna Rolland sait qu’elle sera jugée sur une inversion de la courbe, quand bien même la compétence de la sécurité est avant tout celle de l’Etat et de sa police nationale. « Ça va être le sujet du mandat. J’ai peur que cette majorité ne soit pas capable de gérer le problème et que ce sera de pire en pire », craint Julien Bainvel, conseiller municipal (LR) d’opposition. « Quand Laurence Garnier dit "la sécurité on va s’en occuper", c’est très démago, rétorque Bassem Asseh. On va appuyer sur différents leviers et davantage que dans le mandat précédent. Il y aura des policiers municipaux supplémentaires, une police métropolitaine des transports, des médiateurs… Mais on ne remplacera pas l'Etat. »

La création d'un service régional de police judiciaire (SRPJ) est réclamée par la ville. « On ne pèse que sur un tout petit bout du problème, soutient Aymeric Seassau. Il faut avoir la clarté de le dire. Nous ferons tout notre possible, tout en menant bataille pour obtenir davantage de moyens. » David Martineau, ancien adjoint au maire PS, est plus nuancé. « On a encore du chemin à accomplir sur la lutte contre les trafics, des points de deal qui ont désormais pignon sur rue. Certes, il y a un déficit de moyens venant de l’Etat. Toujours est-il qu’une grande maire doit savoir trouver le moyen de résoudre ce dialogue de sourd. On est aujourd’hui dans l’obligation que cette question se résolve. »

Impliquer davantage les habitants

Aussitôt après l’annonce de sa victoire dimanche soir, Johanna Rolland a appelé à un « choc de confiance démocratique » marqué par « plus de participation des citoyens ». Il faut dire que les critiques concernant l’implication des habitants avaient été vives, malgré des avancées en la matière. La polémique sur le dossier YelloPark, décidé de manière solitaire, a laissé des traces. « On a absolument tout à refonder, vilipende Julien Bainvel (LR). Le dialogue citoyen à la nantaise qui nous a été vanté comme un exemple est en fait un échec. Les sujets les plus importants sont traités directement par le cabinet du maire. » « Yellopark l’a fait réfléchir. Je fais le pari que cet épisode ne se reproduira pas », avance Aymerick Seassau.

« Tout le monde apprend de ses expériences, complète Bassem Asseh. On a déjà mis en place un grand nombre de choses mais on va devoir franchir une étape, y compris sur des sujets qui ne sont pas de proximité. Dès l’automne, on va interroger les habitants sur les impacts de la crise sanitaire. On le fera aussi sur la 5G. » « Je ne crois pas non plus à un débat horizontal qui diluerait la parole politique. Cela ne peut pas être la recherche systématique du plus grand consensus », pondère Aymeric Seassau. David Martineau insiste sur les leçons de l’abstention. « Un maire doit savoir faire les bons choix mais doit aussi avoir la capacité à entraîner tout le monde, ce qui est plus compliqué. Une telle abstention montre aussi que les municipalités n’ont pas encore su lutter contre l’isolement de la population de certains quartiers. »

Réchauffer son image et sa prise de parole

Son goût parfois prononcé pour la langue de bois et les formules oratoires valent à Johanna Rolland des moqueries de ses adversaires. Le public, lui, regrette davantage un déficit de sourire ou de chaleur. Johanna Rolland va-t-elle se libérer ? « C’est une personne qui peut paraître froide et réservée mais je crois que c’est en fait quelqu’un de timide, confie David Martineau. Elle doit réussir à montrer qu’elle n’est pas qu’une excellente technocrate, même si on ne peut pas nier sa qualité d’analyse, son intelligence, qui font d’elle quelqu’un d’exceptionnel. » « Si elle veut continuer à être distante et techno, qu’elle le reste, pique Julien Bainvel. On ne peut pas changer la nature des gens. »

Aymeric Seassau évoque une « une prudence compréhensible » compte tenu de la « pression sur ses épaules ». « Mais je pense qu’elle va s’accorder plus de liberté », pronostique-t-il. Avant de préciser : « C’est une personnalité pudique. Elle n’exhibera pas sa vie privée, elle ne se donnera pas en spectacle. Peut-être que certains le regretteront mais je trouve que c’est assez noble. »

Jouer plus collectif avec les élus

Les critiques sont surtout venues des alliés écologistes : Johanna Rolland ne jouerait pas assez collectif avec les élus qui ne sont pas issus de son premier cercle. Ne souhaitant « pas revivre le dernier mandat », Julie Laernoes a d’ailleurs négocié d’avoir, cette fois, un œil sur tous les dossiers. Suffisant pour travailler de concert pendant six ans ? « Nous seront tous solidaires et responsables des décisions qui seront prises, veut croire Bassem Asseh. Les conditions ne sont pas les mêmes qu’au précédent mandat, les gens se connaissent mieux. On en a parlé longuement ensemble dans l’entre-deux-tours. » Le communiste Aymeric Seassau est confiant. « Nous ne sommes plus dans un département où le Parti socialiste est hégémonique. Johanna a mis beaucoup d’énergie à rassembler tous les camps. Elle a à cœur de ne pas apparaître isolée dans les décisions. »

La critique du jeu collectif est également exprimée par l’opposition. Celle-ci réclame davantage d’écoute, davantage de poids dans les commissions. « On a fait un grand nombre de propositions et il ne se passe jamais rien derrière, peste Julien Bainvel. Le pilotage partagé pendant la crise sanitaire a plutôt bien fonctionné. Il y a des choses à inventer autour de ça. On va voir si ça bouge. »