Résultats des municipales à Marseille : « On ne nous achète pas avec des pâtes et du chocolat », des habitants dénoncent le clientélisme décomplexé de la mairie LR des 11-12

ELECTION Des habitants d’une cité du 11e arrondissement de Marseille dénoncent les pratiques clientélistes du maire de secteur, Julien Ravier, et de ses équipes

Adrien Max

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L'inscription « on nous achète pas avec des pattes et du chocolat [sic] », devant le bureau de vote 1103 de Marseille.
L'inscription « on nous achète pas avec des pattes et du chocolat [sic] », devant le bureau de vote 1103 de Marseille. — Adrien Max / 20 Minutes
  • Une inscription « On nous achète pas avec des pâtes et du chocolat » est visible devant le bureau de vote 1103 dans la cité des Néréides, à Marseille.
  • Selon les habitants, ces inscriptions font référence à une distribution de colis alimentaires pour des habitants proches du maire Julien Ravier (LR), réélu de justesse samedi avec 300 voix d’avance.
  • La mairie des 11-12 est dans le collimateur de la justice depuis la révélation par la presse de possibles fraudes aux procurations pour les municipales. L'élu a été auditionné mardi par la PJ.

L’audition de son maire de secteur du 11-12, à Marseille, Julien Ravier, par la police judiciaire, dans le cadre d’une enquête pour des soupçons de fraude aux procurations, notamment dans un Ehpad du 12e arrondissement, l’a poussée à parler. Océane*, une habitante de la cité des Néréides, perchée dans les collines du 11e arrondissement, tient absolument à montrer l’inscription devant le bureau de vote du quartier : « On nous achète pas avec des pâtes et du chocolat. #VassalVoyou. Honteux », peut-on lire sur le sol, devant le bureau 1103.

Pour Océane, cette inscription fait référence à une distribution de colis alimentaires par Julien Ravier, tête de liste du secteur pour Martine Vassal, la candidate Les Républicains, qui a été réélu de justesse dimanche soir avec environ 300 voix d’avance. « Il y a eu une première distribution vers la fin du confinement, et une autre quinze jours plus tard. Ils ont aussi distribué des tickets resto. Mais seules les personnes qui avaient une connaissance à la mairie ont été informées de cette distribution, les autres n’ont rien eu », dénonce Océane.

« C’était clairement politique et électoraliste »

« Certains en ont eu plusieurs fois quand d’autres n’ont absolument rien eu, confirment deux autres habitantes du quartier. Certaines personnes qui en avaient besoin n’ont jamais été au courant de cette distribution. Nous on l’a su par des personnes proches de la mairie, c’était clairement politique et électoraliste. »

L'inscription « on nous achète pas avec des pattes et du chocolat [sic] », devant le bureau de vote 1103 de Marseille.
L'inscription « on nous achète pas avec des pattes et du chocolat [sic] », devant le bureau de vote 1103 de Marseille. - Adrien Max / 20 Minutes

Une situation d’autant plus honteuse pour eux que leur quartier, géré par le bailleur social 13 Habitat, est laissé à l’abandon. « Fissure dans les murs, problème d’isolation, moisissure, saleté dans les parties communes. On nous promet monts et merveilles avant les élections, puis plus rien », dénoncent-elles.

Proposition de logement après la tenue d’un bureau de vote

Une situation qu’Océane cherche à quitter depuis de nombreuses années, avec des demandes de mutation. « Je me suis inscrite à un club sénior en 2015, où l’on faisait des sorties, des repas. Pour remercier Valérie Boyer [élue sur ce secteur], je lui ai proposé de tenir un bureau de vote pour les élections départementales, où Sylvie Carrega et Thierry Santelli étaient candidat dans notre secteur. Juste après j’ai eu une proposition de nouveau logement, Sylvie Carrega s’occupe de leur attribution à 13 Habitat pour les 11e et 12e arrondissements. Je n’ai pas fait le rapprochement tout de suite, ce n’est qu’après. Mais c’est clair que j’ai eu cette proposition parce que j’ai tenu un bureau de vote », avance Océane.

Des agissements présumés qui semblent payer puisque Julien Ravier a récolté 42.51 % des suffrages exprimés dans ce bureau de vote, alors qu’il remporte le secteur avec environ 35 %. Les bureaux de vote voisins ont, eux, été majoritairement remportés par le Printemps marseillais.

Un secteur dans le collimateur de la justice

Ce secteur du 11-12 est, depuis les révélations de France 2 et de Marianne sur des soupçons de fraudes aux procurations, dans le collimateur de la justice avec l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « manœuvres frauduleuses » et « faux et usages de faux ». Mardi, outre l’audition du maire Julien Ravier par la PJ, Claudine Hernandez, la directrice générale des services de la mairie de secteur, ainsi que deux employés municipaux ont été placés en garde à vue, selon La Provence.

Le directeur de la campagne, Richard Omiros, écarté après les révélations de la presse, Pierre Laget, l’élu à l’urbanisme réélu dimanche, ainsi que plusieurs militants sont également soupçonnés d’avoir été mandataires pour des personnes âgées de l’EHPAD Saint-Barnabé, dans le 12e arrondissement. Julien Ravier justifie ces distributions par la situation liée au Covid-19. « La mairie du sixième secteur a mis en oeuvres plusieurs mesures afin d'assurer la continuité de l'aide alimentaire », explique t-il. 

Irrégularités lors du vote

Yannick Ohanessian, le candidat du Printemps marseillais battu pour environ 300 voix a quant à lui relevé plusieurs irrégularités durant la journée du vote dimanche, et « étudie très fortement la possibilité de recours ».

« Nous avons dû faire appel à la police dès 8h du matin. La présidente LR du bureau 1206 refusait que certaines personnes nous déclinent leur identité et nous présentent leur mandat d’assesseur ou de délégué. On ne savait pas qui elles étaient. Au final, parmi ces trois personnes, deux ne sont jamais revenues quand la police est arrivée », relate Yannick Ohanessian. La présidente du bureau 1206 n’était autre que… Sylvie Carrega, la même qui attribue les logements pour 13 Habitat.

Secteur clé

« Le président du bureau 1285 a apporté tous les documents, dont les procès-verbaux, de l’élection directement à la permanence de Julien Ravier. Avant même de les déposer au bureau centralisateur. On a aussi relevé quelques bureaux ou les procurations étaient anormalement élevées. Il y en avait 51, alors qu’il y en a ailleurs entre trois et vingt », liste encore Yannick Ohanessian.

Il annoncera très prochainement sa décision de faire un recours, ou non, pour demander l’annulation des élections de ce secteur, qui aura finalement coûté la majorité absolue au Printemps marseillais et à Michèle Rubirola.

*Le prénom a été modifié