Elections municipales à Paris : Le mandat 2014-2020 d'Anne Hidalgo n’était-il qu’un échauffement écolo ?

POLITIQUE Après sa victoire dimanche aux municipales, Anne Hidalgo va être officiellement élue maire de Paris, ce vendredi, à l’occasion d’un vote au Conseil de Paris

Romain Lescurieux

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Anne Hidalgo, lors de sa réélection comme maire de Paris, le dimanche 28 juin 2020.
Anne Hidalgo, lors de sa réélection comme maire de Paris, le dimanche 28 juin 2020. — Christophe Ena/AP/SIPA
  • Anne Hidalgo qui a obtenu près de 50 % des voix dimanche, va être officiellement élue maire de Paris, ce vendredi, à l’occasion d’un vote au Conseil de Paris.
  • « Vous avez aimé la saison 1 ? Vous allez adorer la saison 2 », avait-elle lancé lors de sa campagne des municipales.
  • Ses premières mesures, notamment le maintien de 50 km de « coronapistes » et la piétonnisation autour du Canal-Saint-Martin, devraient être mises en place rapidement.

Elle ne s’en cache pas. Elle veut « aller plus loin ». Interrogée par 20 Minutes dans son bureau, à quatre jours du premier tour, sur la lutte contre la pollution et d’une éventuelle nécessité de la « radicalité » en matière d’environnement, la maire sortante Anne Hidalgo répondait : « Vous croyez vraiment qu’on aurait obtenu cette baisse du trafic et de la pollution sans volonté et détermination, ou sans agir parfois de manière radicale ? » Car selon elle, « même si on a fait une bonne partie du chemin », « « il faut aller plus loin » et notamment « aller vers une ville où la voiture individuelle n’est utilisée que lorsqu’elle est indispensable ».

Largement réélue dimanche soir, à l’occasion du second tour des élections municipales, la candidate socialiste alliée aux écologistes rempile pour six ans en laissant ses concurrentes sur le carreau . Ce vendredi, elle va être officiellement élue maire, à l’occasion d’un vote au Conseil de Paris au cours duquel elle devrait donner un nouveau tempo « écolo » lors d’une prise de parole devant les 163 conseillers de Paris. Transition écologique, lutte contre la pollution, développement du vélo ou encore piétonnisation devraient être les maîtres mots du jour et des années à venir à Paris. Et si finalement, son mandat 2014-2020 n’était qu’un échauffement avant un mandat 2020-2026 encore plus vert ?

Prête pour une « vélorution » à Paris

En 2014, lors de son discours d’élection au Conseil de Paris, ses premiers mots, « son premier combat » était celui du logement à Paris. Le mot « écologie » n’apparaissait qu’une seule fois dans cette prise de parole. Mais les fondamentaux étaient présents : « Nous mènerons et nous assumerons une lutte intraitable contre la pollution. » En juillet 2020, aux prémices de son second mandat, il est fort à parier qu’elle mettra davantage en avant dans son allocution l’écologie – « socle » de son programme – telle une priorité, une urgence absolue. Lors de sa campagne éclair, à l’occasion d’une conférence sur le vélo, la candidate qui portait les couleurs de « Paris en Commun » avait déjà donné le rythme : « Vous avez aimé la saison 1 ? Vous allez adorer la saison 2. » Elle se disait alors prête à passer la seconde en faveur d’une « vélorution » dans la capitale.

Dimanche soir, alors qu’une vague rose-verte déferlait au même moment sur l’hexagone, elle a prononcé son discours de victoire sur le parvis de l’Hôtel de ville, avant une accolade symbolique avec David Belliard (EELV) : « Vous avez choisi l’espoir, vous avez choisi le rassemblement, vous avez choisi un Paris qui respire, un Paris plus agréable à vivre. » Comme elle l’a promis, son mandat sera en effet encore plus « vert » que le précédent dans un contexte toutefois de crise sociale et économique post-Covid. Et les premières mesures ne devraient pas tarder à être mises en place.

« Coronapistes », Canal-Saint-Martin et « sortie du diesel »

Elle a d’ores et déjà promis le maintien de 50 km de pistes cyclables dites « coronapistes ». Avec sa liste d’union, elle prévoit également la sortie du diesel en 2024, la limitation de la vitesse à 30 km/h dans Paris, la création d’un réseau de pistes cyclables « vélopolitain » pour traverser le Grand Paris à vélo, ou encore la suppression de la moitié des places de stationnement (133.000) en cinq ans pour agrandir les trottoirs ou en faire des pistes cyclables. Sans oublier la création de « forêts urbaines »​. Par ailleurs, les nouvelles infrastructures installées dans le cadre du déconfinement – rues piétonnes, terrasses éphémères – s’inscriront dans le temps. Mais des voix commencent à s’élever autour des récentes infrastructures. Il y a quelques jours, une association d’automobilistes et autres usagers de la voie publique, « Rouler Libre », a porté « l’affaire » des « coronapistes » devant le Conseil d’Etat pour les faire fermer. Certains élus d’opposition assurent qu’ils veilleront à la bonne marche de la ville de Paris ces prochaines années.

« J’ai toujours voté les mesures qui vont dans le bon sens. Je me suis toujours engagé contre le bétonnage et pour plus de végétalisation et j’ai toujours porté une volonté de changer notre modèle et vision de la ville », détaille Pierre-Yves Bournazel élu conseiller de Paris sous l’étiquette LREM. Mais selon lui, c’est sur la méthode qu’il faut être vigilant. « Il faut une bonne méthode de gouvernance et associer tous les acteurs, dont les citoyens. C’est indispensable pour réussir les projets. Enfin, il ne faut pas être une ville de contradictions. Une ville écolo, c’est une ville qui privilégie la qualité à la quantité ».

Première mesure d’ampleur pour Anne Hidalgo « saison 2 » : la piétonnisation « dès cet été » autour du canal Saint-Martin, de Stalingrad à République et donc l’interdiction aux véhicules d’accèder aux quais de Valmy et de Jemmapes. Alors que les aménagements viennent de débuter, ce chantier symbolique n’a sans doute pas fini de faire parler.