Elections municipales à Bordeaux : Sans accord sur la cogestion de la métropole, « il faudrait être fou pour vouloir être président »

TROISIEME TOUR Alain Anziani, maire PS de la deuxième ville de l’agglomération bordelaise, a 15 jours devant lui pour imposer sa candidature à la présidence de la métropole

Mickaël Bosredon

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Alain Anziani, maire PS de Mérignac
Alain Anziani, maire PS de Mérignac — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • Après une réunion avec les maires PS et apparentés mardi, Alain Anziani a dévoilé ce mercredi sa feuille de route pour la métropole.
  • Il veut notamment « repartir de zéro » sur la question des déplacements et remettre tous les projets à plat, et veut faire table rase de la densité pour plus de végétalisation dans les espaces.
  • Il entend également développer la rive droite, ce qui passera par des franchissements supplémentaires de la Garonne.
  • Mais avant toute chose, il lui faudra convaincre le nouveau maire de Bordeaux, l’écologiste Pierre Hurmic, des bienfaits du système de la cogestion, et ce sera peut-être son plus grand défi.

« Je vais vous décevoir » prévient Alain Anziani à l’arrivée des premiers journalistes. Au lendemain d’une réunion interne avec les autres maires PS ou apparentés de Bordeaux Métropole, le maire de Mérignac s’est présenté ce mercredi devant les médias, « non pas pour vous annoncer ma candidature à la présidence de Bordeaux Métropole, mais pour donner ma vision ».

Il ne fait pour autant aucun mystère que le maire de la deuxième ville de l’agglomération, avec 70.000 habitants, veut se faire élire par ses pairs le 17 juillet prochain à la tête de l’intercommunalité bordelaise. Mais pour cela, il va lui falloir rassembler autour d’une vision pour les six prochaines années, tout en ne froissant personne. « L’art d’une métropole, c’est d’arriver à assembler les contraires, et d’en faire quelque chose de positif », admet Alain Anziani.

« En 2014, Juppé aurait pu nous fermer la porte au nez, il ne l’a pas fait »

D’abord, il lui faudra convaincre le nouveau maire de Bordeaux, l'écologiste Pierre Hurmic, de la nécessité de poursuivre la prochaine mandature sous le système de la cogestion. C’est le système qui prévaut à la métropole depuis sa création, et qui veut que les maires des 28 communes se mettent d’accord en début de mandature sur un projet, sans léser aucune ville, quelle que soit sa couleur politique. Un système avec lequel Pierre Hurmic, qui le juge inefficace, veut rompre.

« Comment peut-on être écologiste et condamner une gouvernance commune ?, s’étonne Alain Anziani. Ce n’est pas contraire à leur ADN, ils y ont même participé pendant des années. Je partage les soucis d’efficacité relevés par Pierre Hurmic, mais je pense qu’on peut être efficace dans une structure de gouvernance commune. Ce n’est pas parce qu’on est tous ensemble, qu’on est plus mauvais. En 2014, si Alain Juppé l’avait souhaité, il aurait pu nous fermer la porte au nez, puisque son groupe était majoritaire à la métropole. Or, il est venu me voir, et on s’est mis d’accord sur un contrat de mandature. Je pense qu’il faut continuer de cette façon. S’il ne l’avait pas fait, il y a des Verts qui auraient crié au scandale. Je ne veux pas être l’auteur de ce scandale. »

Chez les autres maires PS, « je n’ai pas d’adversaire, que des amis »

Alain Anziani doit aussi s’imposer dans son propre groupe. D’où la réunion interne de mardi avec les autres maires PS. « Dans notre groupe il y a une discussion, mais je n’ai pas d’adversaire, que des amis, sourit-il. Et la quasi-totalité des maires estiment que le système [de cogestion] a bien fonctionné et qu’on peut continuer avec, en l’améliorant. Ce qu’ils critiquent, c’est la lourdeur de la métropole. »

Mais là où Alain Anziani fait vraiment figure de favori, c’est que, même dans l’opposition, l’actuel président de la métropole, Patrick Bobet (LR), favorable à la cogestion, a d’ores et déjà annoncé qu’il voterait pour lui. Son groupe, Communauté d’Avenir, représente 38 sièges sur les 104 de la métropole. « Je l’en remercie, a commenté sobrement ce mercredi l’intéressé, mais il l’a dit sans me demander mon avis. Je préfère travailler autrement, et voir si d’abord, on a un accord. »

Il ne veut pas « d’une métropole pépère, qui ronronne »

Pour cela, le maire de Mérignac a déroulé ce mercredi sa feuille de route pour la métropole. « Notre métropole sera confrontée à trois grands défis : le défi climatique, économique et social, et démocratique. La bonne réponse consiste à d’abord mettre sur la table des idées, ensuite on verra qui sera président de la métropole, et comment on la gère. »

La première priorité d’Alain Anziani s’il est élu, sera la transition écologique. Sur ce sujet, il ne veut pas « d’une métropole pépère, qui ronronne. Il faut voir par exemple comment on fait évoluer nos transports, par exemple avec le moteur à hydrogène, qui est certainement plus l’avenir que le moteur électrique. »

« Jamais je ne lâcherai le bassin aéronautique de la métropole »

La question de la mobilité sera évidemment une autre priorité. « Les gens n’en peuvent plus, ils sont épuisés par les difficultés de circulation. Il faudra remettre à plat notre schéma de déplacement, avec une vision intermodale très forte. On repartira de zéro et on regardera ce qui correspond aux besoins des habitants. Et ne nous interdisons pas d’innover : le téléphérique peut être une solution parmi d’autres. » Il reconnaît toutefois que « les contraintes financières seront très fortes, et que des choses ne pourront pas se faire. » Gare aux prolongements de lignes de tramway vers Saint-Médard et Gradignan…

« On va avoir une crise majeure, poursuit le maire de Mérignac, et le secteur de l’aérien va être marqué très fortement, nos sous-traitants commencent à souffrir. On doit consolider nos grands bassins d’emploi, notamment notre bassin industriel aéronautique et spatial, et conforter tout ce qui est autour de l’aéroport. Jamais je ne lâcherai le bassin aéronautique de la métropole. Mais on ne va pas faire de l’industrie comme on en faisait avant, il faut aller vers du zéro carbone, tout en respectant les zones d’habitation. »

« Je souhaite qu’il y ait des îlots de fraîcheur partout »

Sur l’urbanisme, « les gens en ont assez de voir des villes denses et minérales. Il y a une révolution urbaine à engager, en continuant à produire du logement, notamment du logement social. Nous, on va faire une mini-forêt urbaine en plein centre-ville, je souhaite qu’il y ait des îlots de fraîcheur partout, car on aura le climat de Séville dans quelques années et il faut anticiper. »

Enfin, le développement de la rive droite de la métropole doit s’accélérer. « Nos amis de la rive droite ont raison de souligner qu’ils sont les oubliés de la métropole. La question des franchissements de la Garonne se pose, car notre agglomération est l’une de celles qui a le moins de franchissements. Et je plaide pour la création d’un OIM [opération d’intérêt métropolitain] sur la rive droite, autour du fleuve et des énergies renouvelables. »

Toutes ces propositions, « je vais les envoyer à Pierre Hurmic, à Patrick Bobet, et à d’autres, pour voir avec eux si c’est une bonne base de travail ou pas. » « De toute façon, poursuit-il, il faudrait être fou pour vouloir être président de la métropole s’il n’y a pas d’accord. Sinon, comment faites-vous voter le budget, sans un minimum de consensus ? Vous allez batailler contre Bordeaux ou Mérignac ? »