« Petit poney rose », empathique, bilingue… Qui est Jeanne Barseghian, la nouvelle maire de Strasbourg ?

PORTRAIT Soprano dans une chorale où elle ose tout, la nouvelle maire de Strasbourg est décrite comme « consciencieuse » et « empathique » dans le cadre professionnel

Thibaut Gagnepain

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Jeanne Barseghian, la nouvelle maire EELV de Strasbourg, le 28 juin 2020.
Jeanne Barseghian, la nouvelle maire EELV de Strasbourg, le 28 juin 2020. — CHRISTELLE REWIAKO/SIPA
  • Jeanne Barseghian a remporté dimanche 28 juin le deuxième tour des élections municipales à Strasbourg. Avec 41,70 % des suffrages, elle a devancé Alain Fontanel (34,95 %) et Catherine Trautmann (23,33 %).
  • Ce samedi, la tête de liste écologiste deviendra officiellement la nouvelle maire de Strasbourg. Elle succédera à Roland Ries.
  • L’élue de 39 ans aime chanter et danser. Elle est présentée comme « travailleuse » par ceux qui l’ont côtoyée comme conseillère municipale. « Ce n’est pas le genre à arriver en séance et à tenir un discours. Elle a étudié ses dossiers », note le président de l’Eurométropole.

C’est son jour. Ce samedi soir en conseil municipal, Jeanne Barseghian deviendra officiellement la maire de Strasbourg. Un rôle nouveau pour cette juriste de 39 ans, encore inconnue du grand public l’hiver dernier. En quelques mois, elle a réussi à créer une folle dynamique autour d’elle et a porté les Verts à la tête de la 8e ville de France.

Qui se cache derrière ce sourire quasi permanent ? « Elle le quitte parfois ! Nous avons déjà eu des échanges parfois assez fort, notamment sur l’usine d’incinération [du Rohrschollen] », rappelle Robert Herrmann, sans en tenir rigueur à la nouvelle édile. La preuve, le futur ex-président (PS) de l’Eurométropole ne l’attaque pas malgré leurs différents politiques. « Il faut se méfier de ceux qui jugent. On ne peut le faire uniquement que quand on a vu les gens en responsabilité à l’œuvre. »

« Une belle personne »

Pendant la campagne électorale, les qualificatifs négatifs avaient pourtant fusé à l’encontre de la candidate écologiste. Dogmatique, incompétente en matière économique, inexpérimentée… « Elle a environ le même âge que Catherine Trautmann et Fabienne Keller quand elles avaient été élues maire de Strasbourg », rétorque l’un de ses colistiers, Guillaume Libsig, visiblement sous le charme. Comme beaucoup.

De ses années d’étude à aujourd’hui, Jeanne Barseghian promène une image de femme « abordable et agréable ». « Une belle personne », résume Serge Hygen, qui faisait partie de l’équipe éducative d’Eco-Conseil en 2005. Quand la future maire de Strasbourg avait intégré la « promo 17 », avec Corinne Cottier. « Nous avions travaillé ensemble sur l’autopartage », se rappelle cette dernière. « Jeanne était sérieuse, motivée, intéressée, on la sentait vraiment dans son élément avec cette formation pour devenir éco-conseillère. J’ai le souvenir de quelqu’un à l’écoute des autres, qui cherchait le consensus sans vouloir à tout prix imposer ses idées. »

Les qualités d’une future élue ? « Elle ne faisait pas de politique, c’est venu plus tard. Mais on sentait qu’elle avait des convictions », rétorque Serge Hyssen. A 25 ans et déjà diplômée en droit franco-allemand et droit de l’environnement à l’université Robert-Schuman de Strasbourg, la native de Suresnes ne se déplaçait ainsi qu’à vélo ou avait déjà opté pour une nourriture exclusivement végétarienne.

Déguisée en « Spice Girl »

Depuis, Jeanne Barseghian n’a pas changé de cap, tout comme les chats n’ont pas quitté son logement, dans le quartier de Neudorf. Au quotidien, ils sont les seuls compagnons de cette fille d’un père avocat d’origine arménienne et d’une mère juriste née en Bretagne. Son concubin, un ingénieur allemand, vit et travaille à Fribourg. « En plus d’être malade [du coronavirus], elle a souffert pendant le confinement de la fermeture des frontières », révèle Guillaume Libsig en évoquant encore une personnalité « sincère, volontaire, sensible ».

Cette sensibilité revient aussi dans les mots de Thomas Schroeder, qui côtoie la presque quadragénaire depuis une dizaine d’années à Pelicanto, la chorale LBGT+ de Strasbourg. « Oui, elle est dans un chœur militant et comme tous ceux qui y adhère, elle est convaincue par notre cause », explique le baryton, qui ne manque pas d’anecdotes sur la nouvelle maire.

Vous l’imaginez déguisée en « petit poney rose », en « Spice Girl » ou en « Princesse Leïa de Star Wars » ? Jeanne Barseghian l’a déjà osé sur scène, sans reculer. « Elle n’est jamais en retrait et a beaucoup d’humour ! Elle adore danser, bouger et elle le fait bien », annonce Thomas Schroeder. Niveau chant, Jeanne Barseghian envoie aussi. Plutôt dans les aigus. « C’est une excellente soprano, avec une bonne voix », assure son ami choriste. Les deux ont encore pu échanger dimanche, soir de triomphe, et l’élue lui a dit qu’elle avait « très envie de revenir après son break depuis décembre ». « Je ne sais pas si elle aura le temps, elle va être très demandée », s’interroge-t-il. « Quand Jeanne s’investit quelque part, elle le fait bien. »

Dans le cadre de son mandat de conseillère municipale également, à en croire ceux qui l’ont côtoyée. Comme cette agente de l’Eurométropole, où l’écologiste a son bureau depuis 2014. « Elle a tendance à aller au fond des choses pour bien les comprendre. Ce n’est pas le cas de tous les élus. Et quand elle dit qu’elle vient à un événement, elle ne pose pas de lapin et ne reste pas cinq minutes », indique Marie*. « Ce n’est pas le genre à arriver en séance et à tenir un discours. Elle a étudié ses dossiers », appuie Robert Herrmann.

« Je ne lui trouve plus de défauts »

En mars, elle avait aussi fait forte impression de l’autre côté du Rhin. Dans la ville voisine de Kehl, où elle avait longuement discuté avec le maire, Toni Vetrano. « On avait échangé sur des questions transfrontalières et elle avait très bien préparé le sujet », se souvient Annette Lipowsky, directrice de cabinet de l’édile germanique. « Ça fait quelques années qu’on la connaît. Elle est charmante, ouverte et s’exprime très bien dans notre langue. Elle n’a même pas d’accent ! »

« Je l’ai découverte il y a un an et si j’ai pu la taquiner au début, je ne lui trouve plus de défauts », synthétise Guillaume Libsig. « Elle apprend, analyse et s’adapte très vite. » A l’image de son ascension fulgurante.