Elections municipales 2020 à Bordeaux : La droite est-elle « prête à tout » pour sauver la cogestion à la métropole ?

TROISIEME TOUR Discussions et négociations ont démarré dès dimanche soir concernant la future présidence de Bordeaux métropole

Mickaël Bosredon

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Alain Anziani (PS), chargé du dossier de la métropole à la Communauté urbaine de Bordeaux présidée par Alain Juppé, le 18 avril 2014 à Bordeaux
Alain Anziani (PS), chargé du dossier de la métropole à la Communauté urbaine de Bordeaux présidée par Alain Juppé, le 18 avril 2014 à Bordeaux — Jean-Pierre Muller AFP
  • La droite et le centre étaient jusqu’ici largement majoritaires à la métropole de Bordeaux.
  • Les élections municipales ont rebattu les cartes, et rééquilibrent le jeu de pouvoir entre droite, gauche et les Verts.
  • Jusqu’ici, le principe de « cogestion » prévalait à la métropole, mais le nouveau maire de Bordeaux, l'écologiste Pierre Hurmic, y est hostile.
  • La droite continue de son côté d’y être favorable, et pourrait faire élire un maire PS si cela permet de conserver ce principe six années supplémentaires.

La droite « prête à tout » pour sauver la cogestion à la métropole, quitte à faire élire un maire socialiste ? C’est un des scénarios qui se dégage en vue de l’élection du futur président de Bordeaux métropole. L’actuel président, le maire du Bouscat Patrick Bobet (LR), a clairement annoncé dimanche soir qu’il avait entamé des discussions avec le maire socialiste de Mérignac – deuxième commune la plus importante de la métropole derrière Bordeaux – Alain Anziani.

Après le deuxième tour des élections municipales de dimanche, 17 communes de la métropole sont désormais entre les mains de la gauche ou des Verts, et 11 acquises à la droite ou au centre. Pierre Hurmic (EELV) a conquis Bordeaux et Stéphane Delpeyrat (PS) a ravi Saint-Médard-en-Jalles au maire sortant, le centriste Jacques Mangon. La droite a tout de même réussi à conserver des villes importantes, notamment Pessac et Villenave d’Ornon.

Résultat : le groupe Communauté d’avenir (droite et centre) qui était jusqu’ici largement majoritaire à la métropole avec 62 sièges, n’en a plus que 38 – dont au moins deux élus estampillés LREM - mais reste encore la première force politique, puisque le PS se retrouve avec 32 sièges, les Verts 29, le PC 4 et l’extrême-gauche (NPA) un siège.

La cogestion est une « logique totalement étrangère à Pierre Hurmic »

Depuis la création de la métropole, anciennement la Communauté urbaine de Bordeaux (CUB), le principe de « cogestion » prédomine pour gouverner l’établissement. La cogestion est un principe d’équité et de solidarité entre les communes, ceci afin qu'aucune d’entre elles ne soit lésée, quelle que soit la majorité en place. « Une logique qui est totalement étrangère à Pierre Hurmic, souligne le politologue de Sciences-Po Bordeaux Jean Petaux, même si on ne sait pas quelle autre solution il propose, alors qu’aucune force politique ne dégage de majorité absolue… »

Le nouveau maire de Bordeaux n’a eu de cesse durant sa campagne de tirer à boulets rouges sur ce principe de cogestion, l’appelant « le club des 28 maires ». Il estime que cette politique « où chacun prêche pour sa paroisse » ne peut déboucher que sur des « consensus mou », et n’est plus d’actualité au regard de la puissance de la métropole d’aujourd’hui. Et il a bien l’intention de la faire voler en éclat.

Ce n’est pas le cas d’Alain Anziani. Le maire PS de Mérignac en est, lui, un fervent défenseur. « Pour lui, la cogestion n’est pas une question de petits arrangements entre amis, souligne Jean Petaux, mais tout simplement le principe même des EPCI, Etablissements publics de coopération intercommunale, pour ne léser aucune commune ». Communauté d’avenir défendant aussi la cogestion, le groupe de la droite et du centre pourrait donc assez logiquement favoriser l’élection du maire de Mérignac.

Hurmic peut-il trouver suffisamment d’élus socialistes sur la même position que lui ?

Pierre Hurmic espère toutefois encore « trouver une partie du groupe socialiste qui serait sur la même position que lui », explique Jean Petaux. Certains maires PS seraient effectivement plus proches du maire de Bordeaux que de celui de Mérignac sur cette question. Combien ? Là est toute la question. « Les Verts ont 29 élus, et la majorité à la métropole est à 53 voix, il lui faut donc trouver 24 socialistes, ou 20 socialistes et les 4 communistes. Cela paraît quand même difficile, mais nous ne sommes peut-être pas encore au bout de nos surprises dans ces élections », poursuit Jean Petaux, qui estime que « le jeu est encore extrêmement ouvert. » Un autre candidat, ou candidate, pourrait-il sortir du chapeau, par exemple la maire d’Eysines Christine Bost, socialiste elle aussi ?

L’élection du président de la métropole est prévue le 17 juillet. Les réunions et discussions, qui ont démarré dès dimanche soir, vont se poursuivre intensément d’ici là.